Le Fonds monétaire international prévoit une reprise progressive de l’activité économique en 2026, mais alerte sur les fragilités budgétaires, les risques liés à l’endettement et les obstacles structurels qui freinent la transformation de l’économie camerounaise.
Le Cameroun avance sur une ligne de crête. D’un côté, l’économie nationale conserve une certaine capacité de résistance aux chocs extérieurs. De l’autre, la progression de l’activité reste insuffisante pour répondre pleinement aux ambitions de développement du pays, tandis que les tensions sur les finances publiques réduisent les marges de manœuvre de l’État. C’est le constat dressé par le Fonds monétaire international (FMI) dans son évaluation de l’économie camerounaise publiée le 30 mars 2026.
Selon cette évaluation, la croissance économique du Cameroun s’est établie à 3,1 % en 2025, contre 3,5 % en 2024. Le ralentissement est notamment lié aux perturbations de l’activité économique pendant les mois d’octobre et de novembre 2025, dans le contexte des tensions postélectorales qui ont affecté le commerce, les services et l’investissement.
Pour 2026, l’institution de Bretton Woods anticipe une remontée de la croissance à 3,3 %, portée notamment par une progression attendue de l’investissement public. L’inflation moyenne, qui avait reculé à 3,4 % en 2025, devrait également poursuivre sa décrue pour atteindre 2,9 % en 2026.
Ces perspectives demeurent toutefois exposées à plusieurs risques, parmi lesquels le resserrement des conditions de financement, la volatilité des cours des matières premières, la réduction de l’aide internationale ainsi que les difficultés sécuritaires et climatiques. Autant de facteurs susceptibles de peser sur l’activité et de compliquer l’exécution du budget de l’État.
Des finances publiques fragilisées
Au-delà des indicateurs de croissance, le FMI attire l’attention sur la dégradation de la situation budgétaire en 2025. Le déficit primaire hors pétrole, qui mesure notamment l’écart entre les recettes non pétrolières et les dépenses primaires hors intérêts de la dette, est estimé à 2,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre un objectif budgétaire de 1,4 %.
Cette contre-performance s’explique principalement par des recettes non pétrolières inférieures aux prévisions et par des dépassements de dépenses courantes. Pour Yaoundé, l’enjeu consiste désormais à améliorer le rendement des recettes intérieures tout en renforçant le contrôle des dépenses publiques.
Le FMI insiste également sur la nécessité d’améliorer l’efficacité de la dépense publique. L’objectif est de dégager des ressources pour financer les infrastructures et les services sociaux sans compromettre la soutenabilité des finances publiques. Cette équation est particulièrement délicate dans un contexte où les besoins d’investissement restent considérables et où les conditions de financement sont plus contraignantes.
La dette reste un point de vigilance majeur
La question de la dette demeure au cœur des préoccupations. Dans son analyse de soutenabilité publiée en mars 2026, le FMI maintient le Cameroun dans la catégorie des pays présentant un risque élevé de surendettement, malgré une capacité d’endettement désormais considérée comme moyenne. Ce diagnostic ne signifie pas nécessairement que le pays est en situation de défaut de paiement. Il traduit plutôt une vulnérabilité importante face aux risques de financement, aux recettes d’exportation insuffisantes et aux éventuelles difficultés de mobilisation des ressources budgétaires.
Le ratio de la dette publique rapportée au PIB, projeté à un peu plus de 40 % à la fin de 2025 dans l’analyse du FMI, ne suffit donc pas à lui seul à apprécier la situation. La capacité à mobiliser les recettes, à assurer le service de la dette et à refinancer les échéances constitue également un facteur déterminant. L’institution met notamment en garde contre le resserrement des liquidités, la hausse potentielle des taux d’intérêt internationaux et les besoins importants de remboursement à venir. Ces contraintes peuvent renchérir le coût du financement et réduire les ressources disponibles pour les investissements productifs.
Investissements publics : des retards qui freinent l’économie
Pour le FMI, les retards dans l’exécution des investissements publics freinent le développement économique du Cameroun. Ils ralentissent la construction des routes, l’amélioration de l’accès à l’électricité et la réalisation des infrastructures nécessaires aux entreprises. Les conséquences sont directes pour le secteur privé.
Le manque d’infrastructures adaptées augmente les coûts de transport et de production, réduit les marges bénéficiaires et complique les opérations des entreprises. Les retards de paiement de l’État peuvent également fragiliser leur trésorerie. Cette situation freine l’expansion des activités, limite les recrutements et décourage les nouveaux investissements, réduisant ainsi la compétitivité du secteur privé et sa contribution à la croissance économique.
Le FMI recommande donc une meilleure planification des projets et une gestion plus efficace des ressources publiques afin d’accélérer la réalisation des infrastructures et de soutenir l’activité économique.
Après le programme achevé en juillet 2025, quelle trajectoire ?
Le rapport de mars 2026 intervient après l’achèvement, en juillet 2025, du précédent programme économique soutenu par le FMI. La mission menée au Cameroun du 29 janvier au 12 février 2026 s’inscrivait dans le cadre de la consultation annuelle au titre de l’article IV, destinée à examiner la situation économique et les politiques publiques du pays.
Cette consultation ne constitue pas, en elle-même, l’annonce d’un nouveau prêt. Elle permet au Fonds d’évaluer les équilibres macroéconomiques, les risques et les réformes susceptibles de soutenir une croissance plus solide.
Parmi les mesures préconisées figurent la mobilisation accrue des recettes non pétrolières, le renforcement du contrôle des dépenses, l’amélioration de la transparence budgétaire et la poursuite des réformes de gestion des finances publiques. Le FMI recommande également d’accélérer la mise en place du compte unique du Trésor et d’approfondir le marché régional des titres publics.
Ces orientations s’inscrivent dans un environnement où les autorités doivent concilier discipline budgétaire, financement des infrastructures et maintien des dépenses sociales prioritaires.
Le défi de la transformation économique
À moyen terme, le FMI entrevoit une progression de la croissance qui pourrait atteindre 4,6 % à l’horizon 2031, portée notamment par les investissements miniers et énergétiques. Cette perspective reste toutefois conditionnée à la réalisation des projets structurants et à la levée des obstacles qui freinent l’investissement privé.
Pour le Cameroun, le défi est désormais de transformer la stabilité macroéconomique en résultats concrets : davantage d’emplois, des infrastructures performantes et une amélioration des conditions de vie. La maîtrise de la dette, l’élargissement des recettes publiques et l’efficacité de la dépense seront déterminants pour rapprocher les ambitions de développement des réalités économiques.
















