À travers des exercices conjoints organisés au port de Douala, la Marine nationale camerounaise et la Marine espagnole ont consolidé leur coopération dans la lutte contre la piraterie maritime et les autres actes illicites en mer. Soutenue par l’Union européenne et les Nations unies, cette initiative a également mis l’accent sur le partage d’expérience, le renforcement des capacités opérationnelles et la maîtrise des procédures judiciaires liées aux infractions maritimes.
D’après l’ONU, “la sécurisation des espaces maritimes du golfe de Guinée ne repose pas uniquement sur les capacités d’intervention des forces navales. Elle exige également une coordination efficace entre les acteurs militaires et judiciaires, ainsi qu’une meilleure maîtrise des procédures applicables aux infractions commises en mer”. C’est l’un des principaux enseignements de l’exercice pratique de lutte contre la piraterie maritime et les autres actes illicites en mer organisé au port de Douala, dans le cadre d’une coopération entre la Marine nationale camerounaise, la Marine espagnole et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), avec le soutien financier de l’Union européenne.
Cette activité de coopération qui s’est tenu fin octobre 2026 à Douala, a permis aux personnels concernés de confronter leurs expériences et de se familiariser avec les procédures opérationnelles mobilisées dans les situations de piraterie maritime. Les exercices ont notamment porté sur les techniques d’interception et d’arraisonnement, les interventions en mer et la coordination entre les différentes unités appelées à intervenir face aux infractions maritimes.
Le navire militaire Bam Meteoro, vecteur du partage d’expertise maritime dans le golfe de Guinée
Au cœur de cette initiative figurait le patrouilleur espagnol BAM Meteoro, engagé dans un déploiement de 110 jours autour du continent africain. Fort d’un équipage de 80 personnes, le bâtiment participait à des activités de coopération militaire avec plusieurs pays du golfe de Guinée. Selon Javier Yrayzoz, commandant en second du navire espagnol, “cette mission s’inscrivait dans une dynamique de coopération régionale, de partage d’expérience et de renforcement des capacités des marines partenaires”. Il s’agissait de sa troisième présence dans le golfe de Guinée.
Le responsable de la Marine espagnole a notamment souligné l’importance de ces échanges pour améliorer l’interopérabilité entre les forces navales. Au-delà des exercices pratiques, le partage d’expérience permet de confronter les méthodes d’intervention, de transmettre des connaissances opérationnelles et de renforcer les capacités à conduire des opérations conjointes. Plusieurs activités de formation et d’encadrement d’ateliers consacrés aux problématiques de sécurité maritime, ont meublé le séjour des militaires espagnols en terre camerounaise. Une approche particulièrement importante dans une région où les menaces maritimes dépassent régulièrement les frontières nationales.
Piraterie maritime : les défis de la réponse judiciaire au Cameroun
La coopération a également mis en évidence les enjeux judiciaires de la lutte contre la piraterie maritime. La question a notamment été soulevée par le lieutenant-colonel Batchagna Makendje, représentante de la Marine nationale camerounaise et magistrat militaire.
Dans son intervention, elle a relevé les difficultés rencontrées par les juridictions militaires dans le traitement des affaires liées à la piraterie maritime. Cette matière, relativement nouvelle dans le champ de compétence du tribunal militaire, demeure encore peu familière aux acteurs judiciaires concernés.
La magistrate militaire a particulièrement insisté sur la nécessité de mieux maîtriser les procédures d’interception et d’arraisonnement, ainsi que les différentes opérations conduites en mer. Pour elle, la connaissance de ces réalités opérationnelles est indispensable afin de permettre aux juridictions de mieux exploiter les éléments recueillis lors des interventions et de traiter les affaires de piraterie maritime qui leur sont soumises. Cette préoccupation souligne une dimension souvent moins visible de la sécurité maritime : l’efficacité d’une intervention en mer dépend aussi de la capacité des institutions judiciaires à comprendre les circonstances de l’opération, les procédures appliquées et les éléments susceptibles d’être exploités dans le cadre d’une procédure judiciaire.
Un enjeu régional qui dépasse la coopération militaire
Dans le golfe de Guinée, la lutte contre la piraterie maritime et les autres formes de criminalité en mer nécessite une coopération soutenue entre les États riverains et leurs partenaires internationaux. Le renforcement des capacités humaines, la coordination des interventions et le partage des connaissances constituent autant de leviers pour améliorer la réponse collective aux menaces maritimes.
À travers ce partenariat associant le Cameroun, l’Espagne, l’ONUDC et l’Union européenne, l’enjeu dépasse donc la simple réalisation d’exercices militaires. Il s’agit de consolider une approche intégrée de la sécurité maritime, dans laquelle les capacités d’intervention des forces navales doivent s’accompagner d’une expertise judiciaire adaptée.
L’expérience partagée à Douala rappelle ainsi que la sécurisation durable des espaces maritimes du golfe de Guinée repose sur la complémentarité entre coopération internationale, préparation opérationnelle et efficacité de la chaîne judiciaire.
















