Confrontée à des divisions internes qui compliquent sa participation aux compétitions électorales, l’Union des populations du Cameroun (UPC) engage une nouvelle démarche de concertation avec les héritiers des martyrs du parti. Une commission nationale d’investiture et de supervision des élections a été mise sur pied pour préparer les prochaines échéances et favoriser la constitution de listes communes dans les différentes circonscriptions électorales.
La préparation des prochaines élections législatives et municipales au Cameroun s’accompagne de nouveaux efforts de concertation au sein de l’Union des populations du Cameroun (UPC). La formation politique entend mobiliser ses différentes sensibilités autour d’une stratégie commune de participation électorale, avec l’implication des collectifs des héritiers des martyrs du parti. Cette démarche a été présentée par Ikang Pascal, secrétaire administratif de l’UPC depuis près de 25 ans, lors d’un entretien accordé à Wing Press Africa.
Au centre de cette initiative figure la création d’une commission nationale d’investiture et de supervision des élections. Sa mise en place fait suite à une réunion organisée à Pouma, au cours de laquelle les participants ont convenu de travailler à un rapprochement des différentes composantes de l’UPC. La commission doit notamment définir les modalités de désignation des candidats, les mécanismes de financement des cautions électorales et les conditions de conduite des campagnes.
L’un des principaux objectifs consiste à parvenir à une liste unique par circonscription électorale, afin de limiter les candidatures concurrentes issues des différentes tendances du parti. La commission doit encore finaliser sa composition et répartir les responsabilités entre ses membres. « Nous sommes en train de se préparer aussi », explique Ikang Pascal, qui considère cette mobilisation comme une anticipation nécessaire, malgré l’incertitude entourant le calendrier électoral. Pour le responsable, l’absence de date officielle ne constitue pas une raison de différer les préparatifs.
Une crise de représentation qui pèse sur la participation électorale
Cette nouvelle dynamique intervient dans un contexte de contestation persistante autour de la direction de l’UPC. Plusieurs responsables revendiquent la légitimité de conduire le parti, une situation qui, selon Ikang Pascal, a contribué à fragiliser sa participation aux différentes consultations électorales.
Le secrétaire administratif met directement en cause le ministère de l’Administration territoriale (MINAT), auquel il reproche d’intervenir dans la reconnaissance des instances dirigeantes de la formation politique. Il affirme que l’UPC a engagé plusieurs procédures judiciaires contre l’État du Cameroun et obtenu des décisions favorables en première instance, en appel et en cassation. Ces décisions constituent, selon lui, des éléments juridiques susceptibles de permettre une clarification de la représentation du parti auprès des autorités compétentes et des institutions chargées de l’organisation des élections.

Ikang Pascal estime que cette crise a notamment affecté la participation de l’UPC aux élections de 2020, aux régionales et à la dernière présidentielle. Il dénonce un traitement qu’il considère défavorable à sa formation, en raison de la coexistence de plusieurs directions revendiquant sa légitimité. « L’UPC n’a pas de problème avec un individu. L’UPC a un problème avec l’État du Cameroun qui ne respecte pas les décisions de sa propre justice », soutient-il.
Le responsable évoque également les difficultés rencontrées lors des élections sénatoriales de 2013. Il rappelle qu’un mécanisme transitoire avait alors été mis en place à la suite de concertations avec le ministère de l’Administration territoriale, afin de permettre au parti de participer au scrutin avant l’organisation d’un congrès. Cette expérience constitue, à ses yeux, un précédent dans la recherche de solutions institutionnelles aux divisions internes de l’UPC.
Les héritiers des martyrs au cœur de la dynamique de rassemblement
L’implication des collectifs des héritiers des martyrs représente l’un des éléments importants de la nouvelle démarche engagée par le parti. Selon Ikang Pascal, ces descendants souhaitent contribuer à la continuité de l’engagement historique de l’UPC et travaillent avec les différentes instances présentes sur le terrain pour favoriser leur rapprochement.
Cette mobilisation intervient également dans un contexte marqué par les débats autour de la mémoire de la répression historique de l’UPC. Le secrétaire administratif fait référence à la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans les violences liées à cette période, qu’il considère comme un élément susceptible de contribuer à une évolution du contexte politique.Pour le responsable, cette reconnaissance historique, associée à l’implication des héritiers des martyrs, constitue un motif d’encouragement dans la poursuite de la démarche de rassemblement.
Sur le plan politique, l’UPC souhaite par ailleurs dépasser le cercle de ses adhérents traditionnels. Ikang Pascal annonce que les investitures ne seront pas exclusivement réservées aux militants et aux sympathisants. Le parti entend également ouvrir ses candidatures aux personnes qui partagent sa volonté de changement et souhaitent contribuer à son projet politique. « L’UPC ne va pas limiter ses investitures aux militants, ni même aux sympathisants seulement », précise-t-il.
Cette ouverture s’accompagne d’un appel à la participation et à la contribution citoyenne. Le secrétaire administratif invite les Camerounais intéressés à se rapprocher du parti, à faire entendre leurs propositions et à participer à l’amélioration de son projet.
Malgré les incertitudes liées à la reconnaissance de ses instances dirigeantes, l’UPC affirme sa détermination à prendre part aux prochaines élections législatives et municipales. Ikang Pascal assure que des candidats seront investis partout où cela sera possible, tout en reconnaissant que leur validation effective dépendra également des conditions administratives et électorales.
Pour cette formation politique, le défi immédiat consiste désormais à transformer la concertation engagée avec les héritiers des martyrs en un dispositif opérationnel, capable de rapprocher ses différentes composantes et de lui permettre de présenter des candidatures dans le cadre des prochaines consultations électorales.















