Un an après son arrestation, Mwalimu Djeukam Tchameni annonce une action en réparation de 5 milliards de FCFA contre l’État camerounais et appelle le MRC et l’Union pour le Changement à œuvrer à des listes communes de l’opposition aux élections législatives de 2027. Ses annonces ont été transmises par son fils, Samory Tchameni, lors d’un point de presse organisé à Douala le 24 octobre 2026.
Djeukam Tchameni, entend poursuivre son combat sur les terrains judiciaire et politique. Dans une déclaration transmise par son fils, Samory Tchameni lors d’un point de presse organisé à Douala le samedi 24 octobre 2026, l’acteur politique revient sur les circonstances de son interpellation, dénonce ce qu’il considère comme une procédure dépourvue de fondement et annonce plusieurs initiatives judiciaires. Il profite également de cette prise de parole pour appeler les formations de l’opposition à dépasser leurs divisions en vue des élections législatives de 2027.
Selon son récit, il a été arrêté le 24 octobre 2025, puis conduit au Secrétariat d’État à la Défense (SED), où il affirme avoir passé près de 40 jours en garde à vue. Il indique avoir ensuite été inculpé devant un juge d’instruction du tribunal militaire pour atteinte à la sûreté de l’État, rébellion, révolution et propagation de fausses nouvelles. Des accusations qu’il rejette, estimant qu’elles ne reposent sur aucune preuve suffisante.
L’intéressé établit un lien entre son arrestation et son rôle dans la stratégie politique ayant accompagné la candidature d’Issa Tchiroma Bakary à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Il affirme que, malgré une année de détention, son dossier n’a toujours pas été porté devant une juridiction de jugement. Il dit attendre la tenue de ce procès, qu’il considère comme une occasion de présenter des procès-verbaux qui, selon lui, permettraient d’étayer ses affirmations sur les résultats de la présidentielle.
Ces déclarations traduisent sa position dans une affaire judiciaire dont l’évolution et les éléments constitutifs doivent être appréciés à partir des pièces de procédure et des informations communiquées par les autorités compétentes.
Deux procédures judiciaires sur plusieurs fronts
Au-delà de l’affaire instruite devant le tribunal militaire, Djeukam Tchameni annonce deux autres démarches judiciaires. La première concerne le journaliste Bruno Bidjang, contre lequel il affirme avoir déposé une plainte pour diffamation devant le tribunal de première instance d’Ekounou.
L’acteur politique conteste des informations diffusées au sujet de la découverte présumée, à son domicile et dans l’établissement scolaire de son épouse, de chars d’assaut, de fusils de type Kalachnikov, de munitions, d’uniformes militaires et de stupéfiants. Il exige que le journaliste apporte la preuve de ses affirmations et prévient qu’il envisage de porter l’affaire devant des juridictions étrangères si la procédure n’aboutit pas au Cameroun.
La seconde démarche vise l’État camerounais. Avec l’assistance du professeur Aba’a Oyono, Djeukam Tchameni affirme avoir saisi le tribunal administratif de Yaoundé pour réclamer 5 milliards de FCFA de dommages et intérêts. Cette demande porterait sur les préjudices physiques et moraux qu’il attribue à son arrestation, à la perquisition de son domicile et à la campagne médiatique qui aurait suivi ces événements.
Il estime également que cette campagne a contribué à une diminution importante des effectifs de l’école de son épouse, ajoutant ainsi un préjudice économique aux dommages qu’il dit avoir subis. Il prévient qu’en cas de rejet de ses demandes ou de défaillance de la justice nationale, ses avocats pourraient porter l’affaire devant des instances internationales.
À ce stade, le montant de 5 milliards de FCFA correspond à une demande de réparation annoncée par l’intéressé, et non à une indemnisation accordée par une juridiction. Les actes de saisine et l’état d’avancement des procédures restent à documenter.

Samory Tchameni mobilisé pour relancer l’école de sa mère
Venu d’Afrique du Sud où il réside, Samory Tchameni est de retour au Cameroun pour contribuer à la relance de l’établissement scolaire de sa mère, dont le fonctionnement tourne au ralenti depuis les événements survenus après la présidentielle de 2025.
Selon les éléments évoqués, l’annonce de la découverte d’armes, entre autres, a suscité des inquiétudes au sein de la communauté éducative, poussant certains enseignants à quitter l’établissement et des parents à retirer leurs enfants ou à prendre leurs distances. Cette situation a fragilisé les activités de l’école, sans que celle-ci ait été saccagée. Samory Tchameni entend ainsi œuvrer à la reprise normale des activités et au retour de la confiance.
Sa démarche s’accompagne d’un appel à la libération de son père, Mwalimu Djeukam Tchameni, détenu depuis près d’un an. « moi je veux seulement qu’on libère mon père », a-t-il déclaré. Il estime qu’en l’absence de preuves établissant sa culpabilité, son maintien en détention appelle des éclaircissements et plaide pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Des listes communes pour les législatives de 2027
Sur le plan politique, Djeukam Tchameni adresse ses félicitations à Tiriane Noah et à la nouvelle équipe dirigeante du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Il salue particulièrement le premier vice-président du parti, Maître Simh, pour le soutien qu’il affirme avoir reçu de lui durant ses auditions au SED.
Son message prend surtout une dimension électorale lorsqu’il invite les nouveaux responsables du MRC à travailler avec l’Union pour le Changement en vue de présenter des listes transpartisanes et consensuelles aux élections législatives de 2027.
Pour lui, aucune formation politique ne peut, à elle seule, réunir les forces nécessaires pour obtenir une majorité parlementaire face au régime en place. Il défend ainsi une stratégie de rassemblement autour de candidatures communes, avec l’ambition de conquérir une majorité absolue à l’Assemblée nationale.
Cet appel pose la question de la capacité des partis d’opposition à coordonner leurs stratégies électorales, à négocier la répartition des candidatures et à définir des objectifs politiques partagés. Sa concrétisation dépendra des discussions entre les différentes formations et de leur volonté de dépasser les intérêts partisans.

Une dizaine de livres écrits en détention
Djeukam Tchameni affirme avoir mis à profit son temps en prison pour écrire une dizaine de livres, tout en préparant une thèse de doctorat en intelligence artificielle.
Parmi les ouvrages présentés figure Anicet Ekane, mon compagnon de lutte, consacré à ses 35 années de combat politique aux côtés de cet opposant, qu’il avait rencontré en prison en 1990. Avec Lumpen Radicalisme : maladie infantile des néo-opposants, il analyse les raisons de l’échec de certaines luttes politiques et critique une radicalité qu’il juge davantage fondée sur la posture que sur une stratégie efficace.
Ses deux ouvrages en anglais, Roadmap to True Liberation et Federalism, Secession or Liberation, abordent les questions de la centralisation de l’État, des crises régionales et de la nécessité d’unir les forces politiques. Il recommande également la lecture de Djeukam Tchameni ou l’intelligence au cœur de la stratégie, écrit par le Nigérien El Hadj Maiga Alzouma, qui propose une analyse de la stratégie ayant accompagné la candidature d’Issa Tchiroma Bakary à la présidentielle de 2025.














