La cérémonie d’ouverture de la Semaine internationale de l’investisseur CEMAC s’est tenue lundi 5 octobre 2026 au Krystal Palace Hôtel de Douala. Entre lutte contre les arnaques financières, éducation financière et mobilisation de l’épargne domestique, la COSUMAF veut rapprocher davantage les populations du marché financier régional.
Le développement du marché financier de la CEMAC passe autant par la protection des épargnants que par leur capacité à comprendre les mécanismes d’investissement. C’est le message qui s’est dégagé lundi 5 octobre 2026 à Douala, lors de l’ouverture de la Semaine internationale de l’investisseur.
Dans la capitale économique camerounaise, qui abrite le siège de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), les responsables du marché financier régional ont insisté sur un double impératif : mieux protéger l’épargne contre les offres frauduleuses et élargir la participation des populations au financement des économies de la sous-région.
Transformer l’épargne en levier de développement
Le Secrétaire général de la COSUMAF, Salvador Mangue Ayingono, a particulièrement insisté sur la nécessité d’une éducation financière accessible au plus grand nombre. L’objectif est notamment d’intégrer progressivement cette matière dans les cursus scolaires et universitaires afin de familiariser les jeunes avec les mécanismes du marché.
Pour lui, le marché financier ne doit pas être perçu comme un univers réservé aux banques, aux grandes entreprises ou aux investisseurs institutionnels. Il peut également permettre à « Monsieur et Madame Tout-le-Monde » de contribuer au financement des projets économiques.
L’exemple donné est celui d’un État qui souhaite construire une route. Plutôt que de dépendre uniquement d’un financement bancaire ou institutionnel, il peut lever des ressources sur le marché en émettant des obligations auxquelles les citoyens peuvent souscrire selon leurs capacités financières. À travers ce mécanisme, l’épargne domestique devient directement une source de financement des projets publics et privés.
Cette démocratisation reste cependant confrontée à un déficit de connaissance. « La plupart des gens ne savent pas encore ce qu’est le marché financier », a relevé Salvador Mangue Ayingono, soulignant la nécessité de rapprocher les populations des instruments et des professionnels du marché.
L’épargne camerounaise, un potentiel encore sous-exploité
Le choix de Douala pour cette étape de la Semaine internationale de l’investisseur n’est pas anodin. Le Cameroun représente près de la moitié de la population de la CEMAC et une part importante de l’activité économique régionale.
Le pays dispose également d’une importante épargne populaire, notamment à travers le développement des services financiers numériques. Le défi consiste désormais à faire davantage circuler cette épargne vers des instruments d’investissement encadrés, capables de contribuer au financement des économies de la sous-région.
Le constat dressé lors de la cérémonie reste toutefois celui d’un marché encore peu profond au regard du potentiel démographique et économique de la CEMAC. Le nombre d’investisseurs demeure limité par rapport à la population de la communauté.
Ponzi, plateformes non agréées et promesses de rendement
Cette volonté de démocratiser l’investissement intervient dans un environnement où les risques de fraude évoluent rapidement. Le Commissaire de la COSUMAF a appelé les épargnants à ne pas se laisser entraîner par des promesses de gains rapides et à vérifier systématiquement l’identité et l’agrément de l’acteur auquel ils envisagent de confier leur argent.
Les systèmes pyramidaux et les montages de type Ponzi figurent parmi les principaux dangers. Le régulateur rappelle qu’une fois les fonds confiés à une plateforme frauduleuse, leur récupération n’est pas garantie, notamment lorsque celle-ci opère depuis l’étranger sans agrément dans la CEMAC.
La protection de l’épargne constitue ainsi une chaîne dans laquelle interviennent plusieurs acteurs : autorités de régulation, banques, établissements financiers, opérateurs de monnaie électronique, professionnels du marché, médias et investisseurs.
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle menace
La digitalisation introduit également de nouveaux risques. L’intelligence artificielle et les contenus truqués peuvent désormais être utilisés pour donner une apparence de crédibilité à des offres frauduleuses. Des vidéos ou messages attribués à des personnalités, des responsables d’entreprises ou des figures connues peuvent ainsi être détournés pour promouvoir de prétendus investissements.
Dans ce contexte, la COSUMAF appelle les professionnels à conseiller avec loyauté, les médias et influenceurs à ne pas relayer les placements non autorisés et les opérateurs de téléphonie et de monnaie électronique à renforcer la détection des comptes utilisés pour collecter frauduleusement l’épargne. Aux investisseurs, le message est tout aussi direct : poser des questions, vérifier l’information et refuser de décider sous pression.
L’enjeu de cette Semaine internationale de l’investisseur dépasse donc la simple sensibilisation. Il s’agit de construire progressivement une culture financière permettant aux populations de protéger leur épargne, mais aussi de devenir des acteurs du financement des économies de la CEMAC.















