Diplômée en Droit International d’Arbitrage, Me Aminatou Akobe est une juriste polyvalente, âgée de 34 ans et née au Cameroun. Inscrite au Barreaux de Bruxelles et du Cameroun, l’avocate d’affaires est également représentante pour l’Afrique, du Forum des Jeunes Arbitres de la cour Internationale ICC-YAAF. Au cours d’un entretien accordé à Wing Press Africa, ce cœur dont l’annulaire est en attente, nous offre une visite guidée de son parcours inspirant depuis son Loum natale dans le Moungo, jusqu’en Belgique, en évoquant les raisons de l’émigration.
Belle, jeune et ambitieuse, cette juriste aux compétences multiples qui exerce jusqu’au-delà de nos frontières, est plus ou moins une source d’inspiration pour une jeunesse africaine parfois circonscrite dans un complexe d’infériorité. D’après une réflexion de Aminatou Akobe, chaque étape compte, chaque progrès, aussi modeste soit-il, participe à la construction de soi. “Trop souvent, nous minimisons nos avancées parce qu’elles ne correspondent pas immédiatement à nos objectifs ultimes, alors qu’elles en sont les fondations. Je crois également qu’il est essentiel de ne jamais sous-estimer la moindre réalisation”, a-t-elle souligné.
De l’enfance au piédestal du destin
Aminatou Akobe est née le 3 mai 1992 à Loum dans le Moungo, un département de la région du Littoral au Cameroun. Selon elle, cette ville natale a profondément marqué son enfance. Elle y a effectué l’intégralité de son cursus maternel, primaire et secondaire. “J’ai fréquenté l’école Saint Jean-Marie Vianney pour la maternelle et le primaire, où j’ai obtenu mon Certificat d’Études Primaires (CEP) en 2001. J’ai ensuite poursuivi mes études secondaires au Collège Saint Pierre et Paul”. Précise-t-elle. Pour l’avocate d’affaires internationale, cette période a été déterminante, tant sur le plan académique que sur le plan personnel. “Elle a forgé très tôt mon goût pour la rigueur, le travail et l’excellence”, a-t-elle déclaré à Wing Press Africa.
Un peu plus grande, Aminatou Akobe a obtenu son BEPC en 2005, puis le Probatoire A4 espagnol en 2006, sans passer par la classe de Première, avant de décrocher le Baccalauréat A4 espagnol en 2007. Animée depuis l’enfance par le rêve de devenir avocate, elle s’est inscrite la même année à l’Université de Yaoundé II-Soa, ou elle obtient en Droit des Affaires ; une Licence en 2010, un Master 1 en 2011 et un Master 2 en 2012. Soucieuse d’élargir son champ de compétences, elle poursuit une spécialisation en droit de l’environnement à l’Université de Limoges en France, une aventure qui a été sanctionnée par un Master 2 en 2015.
En 2016, Aminatou Akobe complète son parcours par un Diplôme Universitaire en droit international de l’Arbitrage, à l’Université de Montpellier. “Plus récemment, j’ai renforcé mon profil international avec un LLM en droit international des affaires obtenu en 2022 à l’Université libre de Bruxelles (Belgique), puis un Master en Droit économique et social au sein de la même université en 2024. Ce cheminement académique traduit ma volonté constante d’adapter mon expertise aux enjeux juridiques contemporains, tant au niveau national qu’international”, a-t-elle précisé à Wing Press Africa. “Mon parcours académique est le fruit d’un choix assumé et d’une passion ancienne pour le droit”, a-t-elle ajouté.

De l’entrée en matière de l’Aigle, jusqu’à son perchoir en haute altitude
1) Comment s’est faite votre entrée dans la profession d’Avocat ?
J’ai intégré le monde professionnel en 2014, année au cours de laquelle j’ai réussi l’examen d’aptitude au stage d’avocat (EASA). L’examen du barreau ayant été organisé dès le mois de janvier, j’ai pu prêter serment en janvier 2015 devant la Cour d’appel du Centre.J’ai effectué mon stage au cabinet de Maître Assiene Aboyoyo à Yaoundé, où j’ai acquis les fondamentaux de la profession. À cette époque, je sortais directement de l’université, sans expérience préalable en cabinet, ce qui a rendu cette phase d’apprentissage particulièrement intense et formatrice. En parallèle, je poursuivais plusieurs formations académiques, notamment en France.
À mon retour de Montpellier, j’ai rejoint le cabinet de Maître Nkoa Édouard, où j’ai achevé mon stage en 2018, année de mon inscription au tableau de l’Ordre des Avocats du Cameroun. La même année, je me suis installée à Douala et j’ai exercé en qualité d’avocate collaboratrice au cabinet Charles Tchuenté pendant trois ans.
En 2021, j’ai fait le choix stratégique de poursuivre une spécialisation en Belgique à l’Université libre de Bruxelles. En parallèle, j’ai effectué un stage au sein du prestigieux cabinet Daldewolf, au département Corporate, en 2022. En 2023, j’ai poursuivi cette dynamique en intégrant le cabinet Trialys Avocats comme juriste Corporate, tout en continuant mes études.
Le 2 septembre 2024, j’ai prêté serment devant la Cour d’appel de Bruxelles en Belgique, et je suis devenue avocate au Barreau francophone de Bruxelles. Depuis 2023, j’exerce au sein de Trialys Bruxelles, cabinet secondaire du cabinet luxembourgeois Trialys APS, en qualité d’avocate spécialisée en droit des sociétés et droit commercial. Ce parcours correspond pleinement à mon ambition : acquérir une expertise internationale solide et reconnue.
2) Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer en Belgique ?
La fuite des cerveaux est une réalité préoccupante, largement alimentée par des problèmes de gouvernance, un déficit de méritocratie et des pratiques telles que le favoritisme. Il est regrettable de constater que, dans de grands projets structurants, l’expertise étrangère est souvent privilégiée au détriment des compétences locales pourtant qualifiées et parfaitement au fait de nos réalités juridiques.
Mon ambition est d’accompagner les entreprises, _qu’il s’agisse de PME ou de grandes structures_ en leur apportant une expertise juridique de haut niveau afin de renforcer leur performance et de contribuer au développement économique du continent. Ce chemin est exigeant, mais je demeure convaincue qu’avec le travail, la foi et la persévérance, cet objectif est atteignable
3) Êtes-vous engagée sur le plan social ou associatif ?
Je dois reconnaître que mes engagements sociaux restent limités, principalement en raison des contraintes de temps et de moyens. Toutefois, lorsque l’occasion se présente, je soutiens des associations et des personnes en situation de vulnérabilité. À plus long terme, je nourris un projet qui me tient particulièrement à cœur : la création d’un couvent destiné à l’accueil d’enfants abandonnés. C’est un rêve ancien, que j’espère concrétiser lorsque Dieu et les moyens me le permettront.
4) Quelles sont aujourd’hui vos ambitions pour le Cameroun, l’Afrique et au-delà ?
Ma formation multiculturelle et mon expérience internationale m’ont permis de prendre conscience à la fois du potentiel immense de l’Afrique et des défis structurels auxquels elle fait face. À terme, je souhaite rentrer définitivement au Cameroun afin de mettre cette expertise au service de mon pays et, plus largement, du continent africain. Cela ne se fera probablement pas avant une quinzaine d’années, mais l’objectif demeure.“s’il y a un message que je peux humblement partager, c’est l’importance de croire en ses rêves, même lorsqu’ils semblent lointains ou difficiles à atteindre. La réussite n’est ni instantanée ni linéaire ; elle est souvent le résultat d’efforts constants, de sacrifices et de persévérance sur le long terme”.
Billy Kolla













