Alors que le gouvernement tente de renouer le dialogue avec les enseignants du supérieur, le SYNES durcit sa position. Le syndicat maintient sa grève totale et illimitée, après avoir décliné la convocation du ministre de l’Enseignement supérieur. Dans le même temps, sa direction sanctionne plusieurs responsables pour dissidence ou manquement disciplinaire.
Le bras de fer se poursuit dans les universités publiques camerounaises. Depuis le 3 septembre 2026, le Syndicat national des enseignants du supérieur (SYNES) maintient son mot d’ordre de grève totale et illimitée, paralysant les activités académiques à l’approche de la rentrée universitaire. La crise, initialement dominée par les revendications financières, prend désormais une dimension institutionnelle avec de profondes tensions au sein même de l’organisation syndicale.
Le dernier épisode s’est joué le dimanche 13 septembre. Réuni en session extraordinaire par visioconférence, le BEN-SYNES a décidé de suspendre avec effet immédiat le professeur Ngam Confidence Chia de ses fonctions de secrétaire général adjoint, pour dissidence. La sanction intervient dans l’attente de l’issue d’une procédure d’exclusion.
Le SYNES sanctionne dans ses propres rangs
La crise interne ne s’arrête pas là. Le professeur Abangma James Arrey a été destitué de ses fonctions de coordonnateur de l’Université de Buea pour « manquement grave à la discipline et à l’éthique ». Il est remplacé à titre intérimaire par le professeur Dikande Alain Moïse. À l’Université de Bamenda, le professeur Lang Michael, également coordonnateur, a en revanche conservé son statut après avoir fourni des explications à ses pairs. Il a ainsi bénéficié de la clémence de l’instance dirigeante.
Ces décisions interviennent dans un contexte particulièrement sensible pour le SYNES. Alors que l’organisation entend afficher une ligne ferme face au gouvernement, elle doit également gérer des divergences internes susceptibles de fragiliser son front syndical. Le BEN-SYNES affirme néanmoins maintenir son cap. Malgré ces sanctions, le syndicat réitère sa disponibilité à engager un dialogue social sincère et constructif, tout en maintenant son mot d’ordre de grève jusqu’à satisfaction de ses principales revendications.
15,5 milliards de FCFA au cœur du bras de fer
Derrière cette confrontation se trouve un contentieux financier considérable. La dette académique accumulée entre 2000 et 2021 dans les huit universités d’État concernées est évaluée à 15,498 milliards de FCFA. Selon les chiffres communiqués par les autorités, environ 6,3 milliards de FCFA auraient déjà été réglés depuis octobre 2025, laissant un reliquat de plus de 9,1 milliards de FCFA.
À cette dette s’ajoutent les revendications relatives aux allocations spéciales destinées à la modernisation de la recherche. Pour le SYNES, ces retards de paiement affectent directement les conditions d’exercice et la dignité professionnelle des enseignants du supérieur. Le gouvernement fait valoir, de son côté, les paiements déjà effectués et les mécanismes engagés pour traiter les engagements financiers de l’État. Mais cette approche progressive ne satisfait pas le syndicat, qui réclame des garanties plus précises sur l’apurement des arriérés.
Le dialogue avec le gouvernement reste bloqué
Le 11 septembre, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, avait convoqué les organisations syndicales et plusieurs responsables du secteur à une réunion de concertation. Le SYNES a choisi de décliner l’invitation, estimant notamment que le délai de convocation était trop court et que les conditions de la rencontre ne permettaient pas, selon lui, d’aborder convenablement ses revendications.
Le syndicat souhaite une reprise des discussions dans un cadre qu’il juge plus approprié et réaffirme parallèlement son mot d’ordre de grève.
Le gouvernement se retrouve ainsi face à une équation délicate : poursuivre le règlement des arriérés tout en évitant une paralysie prolongée des universités publiques. Le SYNES, de son côté, doit démontrer que ses divisions internes ne compromettent pas sa capacité à porter collectivement les revendications des enseignants.
À quelques jours d’une nouvelle échéance universitaire, le contentieux financier de 15,5 milliards de FCFA se double donc désormais d’une bataille pour la cohésion et la légitimité de la représentation syndicale. Le prochain round du bras de fer se jouera autant autour de la table des négociations qu’au sein du mouvement enseignant lui-même.















