Elle avait les cheveux verts, un tempérament assumé et un refrain devenu slogan : « Z-Tra peut ». En quelques mots, l’artiste camerounaise s’était imposée dans le paysage musical urbain du milieu des années 2010. Près de dix ans plus tard, le personnage a changé, mais l’ambition demeure. Désormais, Z-Tra veut être découverte autrement.
Née à Douala sous le nom de Tsapie Guekeuh Unisse, l’artiste entre en studio dès 2009. Après plusieurs années de travail, elle se fait remarquer avec « Boom Boom Bay » et « Tamzaku », avant de connaître une véritable percée avec « Z-Tra peut » en 2016. Le morceau lui ouvre notamment les portes des Canal d’Or et des Balafon Music Awards, où elle est nommée la même année.
De Douala à une scène plus ouverte
L’histoire de Z-Tra est d’abord celle d’une artiste profondément enracinée dans son environnement camerounais. Son univers puise dans le dancehall, le R&B, l’afrobeats, le rap et l’afropop, avec une utilisation alternée du français et de l’anglais.
Cette hybridation constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts. Dans un marché musical africain de plus en plus connecté, où les frontières entre scènes nationales s’estompent, son identité peut désormais circuler au-delà du seul public camerounais.Ses influences revendiquées, parmi lesquelles Maman Nguea et Meiway, témoignent également d’un attachement à une culture musicale africaine qui dépasse les frontières nationales.
La trajectoire internationale n’est d’ailleurs plus seulement une perspective. Z-Tra est aujourd’hui référencée sur plusieurs plateformes mondiales de diffusion musicale, notamment Spotify, Apple Music, Deezer et YouTube. Elle a également participé en 2022 au Boiler Room x Ballantine’s True Music Studios, signe d’une ouverture vers des circuits musicaux dépassant le cadre camerounais.
« Z-Tra peut », le titre qui a changé la trajectoire
En 2016, « Z-Tra peut » devient le principal marqueur de sa carrière. La formule, associée à Samuel Eto’o, est transformée en message de confiance en soi, d’audace et de persévérance.
Le morceau impose également une esthétique. Avec ses cheveux verts et son personnage immédiatement reconnaissable, Z-Tra devient rapidement la « poupée verte » de la musique camerounaise.Mais cette image, devenue emblématique, n’a jamais totalement résumé son univers.
Au fil des années, l’artiste explore différents registres et aborde également des sujets sociaux. « Tamzaku » évoque notamment les violences faites aux femmes, tandis que « Bouche-B » porte un regard critique sur certains comportements du milieu du show-business.
Ses collaborations participent également à son inscription dans la scène urbaine camerounaise.
En 2018, elle s’associe notamment à Mani Bella pour « Kokoriko ». Trois ans plus tard, elle apparaît aux côtés de Mink’s, Kameni et Nernos sur « Booster », un projet pensé autour de la musique urbaine camerounaise.
Une carrière qui se réinventeAprès plusieurs années de présence plus irrégulière, Z-Tra réapparaît en 2026 avec une nouvelle esthétique et une nouvelle orientation.
Premier signal : « Mal ».
Le morceau accompagne la transformation du personnage. La fameuse « poupée verte » laisse progressivement place à une artiste qui revendique une identité plus mature et plus personnelle. Cette nouvelle période est présentée autour de mots comme la force intérieure, la vérité et l’espoir.
Cette évolution dépasse donc le simple changement d’apparence. Elle traduit une volonté de repositionnement dans un paysage musical camerounais qui a profondément changé depuis 2016.Autrement, le nouveau pari.

Cette transformation trouve aujourd’hui son prolongement dans Autrement.
Le projet, présenté comme un EP de sept titres, propose plusieurs facettes de la chanteuse. Parmi les morceaux figurent notamment « Mal », « Réponds-moi », « C Nous », « Why », « Un jour nouveau », « Emballée » et « Me Myself & I », ce dernier étant réalisé avec Master Rossi.
Le projet ne reste pas cantonné aux circuits locaux. Ses titres sont désormais disponibles et référencés sur des plateformes internationales de musique, notamment Beatport, où Autrement apparaît dans les nouvelles sorties R&B aux côtés de productions venues de différents marchés musicaux.
Cette diffusion donne au projet une autre portée : celle d’une artiste camerounaise qui cherche désormais à inscrire son travail dans un écosystème musical africain et international beaucoup plus vaste.
La collaboration avec Master Rossi participe également de cette logique d’ouverture. L’objectif n’est plus seulement de reproduire la formule qui avait fait le succès de « Z-Tra peut », mais de présenter plusieurs versions d’une même artiste.
De l’artiste urbaine à l’entrepreneure
Cette nouvelle étape musicale s’inscrit par ailleurs dans un parcours qui dépasse la seule chanson. Z-Tra développe également des activités dans la mode et le divertissement à Douala. Cette dimension entrepreneuriale accompagne une carrière construite en grande partie de manière indépendante. Son parcours illustre ainsi une évolution désormais fréquente chez les artistes africains : être à la fois musicienne, créatrice de contenu, entrepreneure et actrice d’un écosystème culturel en pleine transformation.
La dimension internationale de Z-Tra ne signifie toutefois pas un éloignement de ses racines. Douala reste le point de départ de son histoire et une composante importante de son identité. L’artiste revendique également ses origines de l’Ouest Cameroun, tout en construisant une musique capable de circuler entre plusieurs univers.
C’est précisément cette combinaison qui peut constituer sa nouvelle force : partir d’une identité camerounaise clairement assumée pour dialoguer avec un public africain et une diaspora de plus en plus connectée aux productions venues du continent.
Une nouvelle Z-Tra à découvrir
De « Z-Tra peut » à Autrement, le parcours raconte finalement une même volonté : ne pas rester enfermée dans une image. La « poupée verte » a marqué une époque.
La nouvelle Z-Tra cherche désormais à construire autre chose : une artiste plus mature, plus libre dans ses choix et capable de faire évoluer son univers sans renier son histoire. Avec Autrement, la chanteuse ne cherche donc pas simplement à effectuer un retour. Elle tente de reprendre sa place dans une scène musicale qui s’est considérablement internationalisée depuis ses premiers succès.
Reste maintenant à savoir jusqu’où cette nouvelle Z-Tra pourra porter sa voix.
Une chose est certaine : après avoir appris au public camerounais à croire que « Z-Tra peut », l’artiste veut désormais montrer qu’elle peut aussi être découverte autrement.















