Face à la presse, le 24 octobre 2026, Mwalimu Djeukam Tchameni a mis en scène une plaidoirie fictive devant le Tribunal militaire de Yaoundé, alors qu’il est poursuivi depuis un an pour atteinte à la sûreté de l’État, rébellion et propagation de fausses nouvelles. Dans son texte intitulé « Je plaide coupable », il conteste les accusations portées contre lui, revient sur son engagement dans la présidentielle du 12 octobre 2025 et livre sa lecture de la crise postélectorale, dans un exercice oratoire qui mêle défense de son parcours militant et réflexion sur les enjeux démocratiques et judiciaires au Cameroun.
« Je plaide coupable. » La formule, volontairement provocatrice, ouvre un texte dans lequel Mwalimu Djeukam Tchameni détourne les codes d’une plaidoirie judiciaire pour exposer sa conception de l’engagement politique et contester les poursuites engagées contre lui. Présentée face à la presse le 24 octobre 2026, cette intervention prend la forme d’une audience fictive devant le Tribunal militaire de Yaoundé, dont il reprend les codes pour s’adresser symboliquement aux juges, à l’opinion publique et à l’Histoire.
Poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, rébellion et propagation de fausses nouvelles, l’homme politique affirme ne pas se reconnaître dans les faits qui lui sont reprochés. Il revendique plutôt une autre forme de culpabilité : celle d’avoir consacré sa vie au Cameroun, défendu la démocratie et refusé, selon ses propres termes, la médiocrité intellectuelle et politique. Son texte, signé depuis la prison principale de Kondengui, articule ainsi récit personnel, défense de son parcours et critique de la gestion de la crise postélectorale de 2025.
Un parcours militant placé au cœur de sa défense
Pour soutenir son propos, Djeukam Tchameni revient sur plusieurs décennies d’engagement. Il évoque ses études universitaires au Cameroun et à l’étranger, ses formations en management et en économie numérique, ainsi que ses travaux en intelligence artificielle qu’il affirme poursuivre en détention.
Il met également en avant son expérience entrepreneuriale. En 1986, explique-t-il, il fonde à Douala INTELAR, une entreprise informatique au sein de laquelle il conçoit RAMSES, un micro-ordinateur présenté comme adapté aux conditions climatiques africaines. Il affirme que sa société a été détruite par l’État en 1991, compromettant un projet qu’il associait à l’ambition de faire du Cameroun une puissance technologique. Ces déclarations relèvent de son témoignage et nécessitent, pour être établies indépendamment, d’être confrontées aux documents disponibles.
Sur le terrain politique, il situe ses premiers engagements à la fin des années 1970, notamment avec la création du Club d’études et de réflexion sur la culture africaine (CERCA) à l’Université de Yaoundé. Il retrace ensuite son parcours militant, son arrestation en 1988 et sa condamnation en mars 1990 pour subversion, avant sa libération en août de la même année, selon le récit qu’il livre.
Il rappelle également sa participation à la dynamique de l’Union pour le Changement en 1992, autour de la candidature de John Fru Ndi, puis son engagement en 2025 dans l’Union pour le Changement 2025 (UPC 2025), plateforme qu’il dit avoir cofondée avec Anicet Ekane pour soutenir la candidature consensuelle d’Issa Tchiroma. Cette continuité constitue l’un des principaux arguments de sa plaidoirie. Djeukam Tchameni présente son implication dans la présidentielle de 2025 comme le prolongement d’un combat engagé depuis plus de quatre décennies en faveur du pluralisme politique et de la démocratie.
La crise postélectorale au centre de son réquisitoire
C’est toutefois sur les événements qui ont suivi la présidentielle du 12 octobre 2025 que son texte prend sa dimension politique la plus directe. Djeukam Tchameni affirme avoir participé à la constitution d’une coalition regroupant 22 partis politiques et 34 associations, ainsi qu’au choix d’un candidat consensuel. Il considère que ces initiatives relevaient d’une démarche politique pacifique et légale.
Dans sa plaidoirie simulée, il conteste donc l’interprétation de ses activités par les autorités judiciaires et soutient que son engagement électoral ne devrait pas être assimilé à une entreprise criminelle. Il dénonce par ailleurs la gestion de la crise postélectorale, évoquant des arrestations qu’il juge arbitraires, des détentions prolongées et des décès par balle. Il avance notamment le chiffre d’une centaine de morts, une affirmation qui doit être distinguée des données établies par des sources indépendantes.
Le militant revient également sur les conséquences personnelles qu’il associe à son parcours : une précédente incarcération, la perte de son fils pendant sa détention, la disparition de son entreprise, la confiscation de son passeport et un exil de cinq ans qu’il affirme avoir subi après des menaces contre sa personne.
Il évoque enfin les difficultés rencontrées par son épouse dans un projet d’école à Bonanjo et les obstacles que ses enfants auraient rencontrés pour obtenir des documents d’identité camerounais. Il présente ces épisodes comme des illustrations des difficultés auxquelles sa famille aurait été confrontée en raison de son engagement. Ces griefs, comme ses accusations relatives aux circonstances de son arrestation en octobre 2025 et à une perquisition à son domicile, appellent une confrontation avec les pièces de procédure et les versions des autorités concernées.
Au terme de cette mise en scène, Djeukam Tchameni affirme ne pas demander l’acquittement. Il pousse la logique de son argumentation jusqu’à réclamer symboliquement la perpétuité, une formule destinée à souligner ce qu’il considère comme le prix de son engagement pour la liberté et la démocratie.
En convoquant les figures nationalistes et panafricanistes Ruben Um Nyobè, Félix Moumié, Ernest Ouandié et Osendé Afana, il inscrit son discours dans une tradition politique qu’il associe à la souveraineté nationale et à l’unité africaine.« Condamnez-moi aujourd’hui. L’Histoire, elle, m’acquittera », conclut-il.
Sans se substituer à une audience judiciaire ni préjuger de l’issue de la procédure, cette plaidoirie simulée constitue une prise de parole politique dans laquelle l’intéressé expose sa défense, conteste les accusations portées contre lui et livre sa propre lecture de la crise postélectorale. En choisissant la forme d’un procès fictif, il cherche à déplacer le débat vers les questions de pluralisme politique, de libertés publiques et de confiance dans les institutions.
















