Quarante-trois ans après sa création, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) entend accélérer la concrétisation de son projet communautaire. Réunis à Libreville, au Gabon, le 19 octobre 2026, les responsables de l’organisation ont insisté sur la nécessité de renforcer les échanges commerciaux, de lever les obstacles à la circulation et d’assurer le financement des engagements communs pour que l’intégration profite davantage aux économies et aux populations de la sous-région.
L’intégration de l’Afrique centrale se joue désormais autant sur le terrain économique que dans les enceintes diplomatiques. À l’occasion du 43ᵉ anniversaire de la CEEAC et de la Journée de l’intégration régionale, célébrés le lundi 19 octobre 2026 à la Cité de la démocratie de Libreville, les autorités gabonaises et les dirigeants de l’organisation ont remis au centre des discussions une question essentielle : comment transformer la coopération entre États en opportunités concrètes de développement ?
Placée sous le thème « Consolider l’intégration régionale pour une Afrique centrale intégrée, pacifique, prospère et solidaire », la rencontre a réuni le Vice-Président du gouvernement gabonais, Hermann Immongault, le président de la Commission de la CEEAC, l’ambassadeur Dr Ezéchiel Nibigira, des représentants diplomatiques et des délégations des États membres.
Au-delà de la commémoration de la signature du traité constitutif, intervenue à Libreville le 18 octobre 1983, les interventions ont mis en évidence les conditions nécessaires pour donner davantage de portée au projet régional. L’enjeu est notamment de faire de la proximité géographique des pays membres un levier de développement des marchés, de circulation des biens et de coopération économique.
Des obstacles structurels qui limitent les échanges régionaux
Le faible niveau des échanges commerciaux entre les pays membres demeure l’un des principaux défis identifiés par la Commission de la CEEAC. À cette difficulté s’ajoutent l’insuffisance des infrastructures, les entraves à la libre circulation des personnes et des marchandises, les problèmes de sécurité et les contraintes de financement.
Ces obstacles limitent la capacité des économies de la sous-région à tirer pleinement parti de leur complémentarité. Pour les entreprises, une intégration plus opérationnelle pourrait faciliter l’accès aux marchés voisins et élargir les débouchés commerciaux. Pour les populations, elle pourrait contribuer à améliorer la disponibilité des biens et à multiplier les possibilités d’activité économique. Ces bénéfices restent toutefois tributaires de mesures concrètes, notamment en matière de circulation transfrontalière, de connectivité et de coopération entre administrations.
Le président de la Commission, Ezéchiel Nibigira, a salué les avancées enregistrées dans la coopération politique, la paix et la sécurité, l’intégration économique et le renforcement institutionnel. Il a néanmoins souligné la persistance de difficultés qui freinent la réalisation des ambitions communautaires.
Le financement constitue, à cet égard, un enjeu déterminant. Le président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEEAC, le chef de l’État équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a appelé les pays membres à honorer leurs engagements financiers. Cette exigence renvoie à une condition fondamentale de l’action régionale : sans ressources mobilisées de manière régulière, les objectifs communs risquent de rester éloignés de leur traduction opérationnelle.
Pour les États membres, le défi consiste ainsi à dépasser les déclarations de principe en donnant aux programmes communautaires les moyens financiers et institutionnels nécessaires à leur mise en œuvre. La fluidité des échanges, l’amélioration des infrastructures et la sécurisation des corridors de circulation figurent parmi les leviers susceptibles de renforcer les relations économiques entre les pays de la région.
Une réforme institutionnelle tournée vers le long terme
La CEEAC regroupe onze États : l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad. La diversité de leurs économies et de leurs ressources constitue un potentiel de coopération, à condition que les cadres institutionnels et les infrastructures facilitent davantage les échanges.
La réforme engagée avec le traité révisé, adopté le 18 décembre 2019 et entré en vigueur le 28 août 2020, vise à renforcer le fonctionnement et l’efficacité de l’organisation. Dans le prolongement de cette dynamique, la Commission prépare une vision de la CEEAC à l’horizon 2050, qui doit être soumise à la prochaine Conférence des chefs d’État et de gouvernement.
Cette perspective offre un cadre pour inscrire les ambitions régionales dans la durée. Sa portée dépendra néanmoins de la capacité des États à définir des priorités communes, à coordonner leurs politiques et à traduire leurs engagements en programmes réalisables.
Lors du lancement des activités commémoratives, Hermann Immongault, intervenant au nom du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, a rendu hommage aux fondateurs de l’organisation et rappelé la responsabilité des générations actuelles dans la poursuite de leur projet d’unité régionale.
Quarante-trois ans après la signature du traité constitutif, la CEEAC se trouve ainsi confrontée à une exigence de résultats. La consolidation de la paix, la libre circulation, le développement des échanges et le renforcement des infrastructures devront progressivement se traduire en avancées perceptibles pour les entreprises et les citoyens. C’est à cette capacité de transformer la coopération institutionnelle en dynamique économique que se mesurera, à terme, la portée de l’intégration en Afrique centrale.















