Les Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods ont permis à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale de faire avancer plusieurs dossiers : stabilité macroéconomique, mobilisation des recettes fiscales, modernisation des statistiques et suivi des entreprises publiques. Les échanges ouvrent de nouvelles pistes de coopération, mais plusieurs engagements restent soumis à des étapes techniques et à l’adhésion des États membres.
La coopération entre la CEMAC et les institutions de Bretton Woods entre dans une phase de discussions techniques plus soutenues. Du 12 au 18 octobre 2026, à Bangkok, en Thaïlande, la délégation conduite par le président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o, a multiplié les rencontres avec les responsables du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Les échanges ont porté autant sur les équilibres macroéconomiques que sur les outils nécessaires à la transformation structurelle des économies de la sous-région.
Avec le Département Afrique du FMI, la Commission, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) ont présenté les progrès accomplis dans l’application des mesures prescrites par la Conférence des chefs d’État de janvier 2026. Ces mesures visent notamment la consolidation des réserves de change et la transformation structurelle des économies communautaires.
Le FMI a annoncé une mission régionale après les Assemblées annuelles pour examiner la revue des assurances régionales. Cette étape reste liée aux conclusions des missions nationales chargées d’évaluer les trajectoires budgétaires, notamment la compatibilité des projets de lois de finances 2027 avec les objectifs de soutenabilité de la dette et de consolidation de la position extérieure. Une transmission du dossier au Conseil d’administration du Fonds en décembre 2026 est envisageable, sous réserve de conclusions favorables.
Statistiques, fiscalité et entreprises publiques
La coopération avec le FMI doit également se traduire par un accompagnement technique dans le domaine fiscal. À l’issue des échanges avec son Département des finances publiques, trois missions ont été retenues pour janvier 2027. Elles concerneront la gestion des risques de non-conformité fiscale, la définition d’une stratégie régionale de mobilisation des recettes intérieures et l’identification de nouveaux chantiers d’harmonisation fiscale.
Les discussions avec le Département des statistiques ont, quant à elles, porté sur le renforcement des systèmes statistiques de la sous-région. La Commission a notamment présenté les travaux déjà réalisés dans le cadre du projet HISWACA, mis en œuvre avec l’Institut sous-régional de statistique et d’économie appliquée (ISSEA). Elle a également sollicité un accompagnement pour anticiper les changements méthodologiques à venir, notamment l’adoption de la septième édition du Manuel de la balance des paiements.
Le FMI s’est montré disponible pour élaborer une feuille de route avec la CEMAC. Il a aussi présenté son projet consacré à la prise en compte de l’économie informelle dans les comptes nationaux et invité les services communautaires à participer aux ateliers prévus sur cette question. Pour les pays de la sous-région, l’amélioration de la qualité des données constitue un enjeu essentiel pour mieux mesurer l’activité économique et éclairer les décisions publiques.
La Banque mondiale sollicitée sur l’intégration régionale et les entreprises publiques
Avec la Banque mondiale, les échanges ont notamment concerné le projet HISWACA et son extension potentielle à la Guinée équatoriale. La Commission a demandé que ce pays soit intégré à la composante CEMAC du programme. L’administrateur du groupe Afrique II a indiqué que cette possibilité pourrait être examinée dans le cadre de la stratégie-pays de la Banque mondiale actuellement en préparation pour la Guinée équatoriale.
La délégation communautaire a également plaidé pour un financement additionnel de la composante du projet consacrée à la Commission et à l’ISSEA, afin de soutenir le suivi de la performance des entreprises publiques. Sur ce point, la Banque mondiale a rappelé qu’un programme régional nécessiterait l’adhésion formelle d’au moins deux États membres. Elle a par ailleurs demandé à la Commission de lui transmettre les priorités de la CEMAC pour les deux prochaines années.
Lors d’une séance de travail hybride organisée le 16 octobre avec les équipes techniques de la Banque mondiale, les projets régionaux en cours et ceux en préparation ont été passés en revue. L’institution a relevé la satisfaction exprimée par les États membres à l’égard du projet HISWACA et annoncé la préparation d’une stratégie d’intégration régionale pour l’Afrique. Un échange approfondi avec la CEMAC est envisagé avant la fin de l’année 2026 afin d’y intégrer les préoccupations de la sous-région.
Ces discussions s’inscrivent dans un contexte économique qui appelle des réformes plus profondes. Le Baromètre économique de la Banque mondiale estime la croissance de la CEMAC à 2,6 % en 2025, contre 3,2 % en 2024, tandis que les réserves extérieures sont tombées à 4,2 mois d’importations. L’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures, de l’efficacité des dépenses publiques et du climat des affaires reste au cœur des défis régionaux.
Au-delà des rencontres institutionnelles, les échanges de Bangkok ont permis de préciser plusieurs chantiers de coopération entre la CEMAC, le FMI et la Banque mondiale. Leur traduction en résultats dépendra désormais du suivi des missions annoncées, de la concrétisation des appuis techniques et de la capacité des États membres à porter des projets communautaires communs.
















