Les données présentées ce Jeudi à Douala au cours d’un atelier, résultent des enquêtes conduites en 2024 aux seins du Port Autonome de Douala et du Port Autonome de Kribi, plaque tournante des échanges commerciaux à destination des pays de l’hinterland. Les recommandations de l’Observatoire seront transmises aux autorités compétentes de la Sous-région.
Un Atelier régional de présentation des résultats des études de l’Observatoire régional des Pratiques Anormales (OPA), a eu lieu ce Jeudi 12 Février 2026 à Douala, en présence des acteurs de la chaîne du transport terrestre, usagers des corridors Douala- Bangui, Douala – Njamena et Yaoundé- Libreville.
D’après le DG de l’Institut Sous-régional de Statistique et d’Économie Appliquée (ISSEA), en la personne de Dr. Marcel Opoumba, plusieurs pratiques anormales avaient été observées au cours de l’opération lancée en 2024 au Cameroun, laquelle opération visait à analyser l’efficacité des procédures de transit, d’importation, de dédouanement et d’enlèvement, en mettant un accent particulier sur les pratiques anormales, les coûts, les délais ainsi que la durée de séjour des camions dans l’enceinte portuaire.
Le Chef de projet a précisé que l’échantillonnage des camions en transit étant principalement effectué au niveau du check-point de Yassa, les acteurs institutionnels et économiques avaient recommandé, lors des précédents ateliers régionaux et nationaux, de compléter le dispositif par des enquêtes spécifiques au sein des enceintes portuaires, point de départ des chaînes logistiques.
L’atelier présidé par Pierre-Guillaume Boum Bissai, représentant au Cameroun de la Commission de la Cemac, visait à présenter les principaux constats et analyses issus des études, examiner les recommandations formulées par les Commissionnaires en Douanes Agréés des pays concernés, identifier les mesures prioritaires à engager aux niveaux national et communautaire, définir des actions harmonisées pour renforcer la fluidité, la transparence et la performance des corridors et adopter un ensemble de recommandations à soumettre aux hautes autorités des Etats membres et à la Commission de la CEMAC. La Commission de la Cemac vise, à travers l’OPA, à consolider les analyses et à favoriser un dialogue constructif entre les parties prenantes.
Dans son résumé exécutif, l’Observatoire des Pratiques Anormales, révèle des constats majeurs
L’enquête révèle que malgré des avancées importantes en matière de digitalisation et de gouvernance portuaire, de nombreux défis subsistent : Les lenteurs, les coûts élevés, les pratiques anormales et l’incomplétude de la dématérialisation compromettent la compétitivité du Port de Douala. Une approche intégrée impliquant les réformes techniques, institutionnelles et organisationnelles est indispensable pour assurer un transit fluide, transparent et compétitif dans la région Afrique centrale”.
Plus en détails
Les enquêtes révèlent une dématérialisation incomplète, bien que des plateformes numériques existent à l’instar du Guichet Unique et du portail Camcis, ou leur adoption reste partielle. Des procédures comme l’émission du Titre de transit ou la Lettre de Voiture Internationale (LVI) comportent encore des étapes physiques. Selon l’OPA, les délais et coûts de levée de caution, de pose de balises GPS, de traitement SGS, etc, sont majoritairement jugés supérieurs à la normale.
L’Observatoire note que la durée moyenne du processus de sortie portuaire est de 8 jours, le temps de séjour des camions dans le port est de 3 jours en moyenne. Les paiements pour les pesages, GPS, formalités diverses, sont élevés, pouvant atteindre 180 000 FCFA/camion). Également, des paiements illicites persistants ont été découverts : Environ 20 à 30 % des Commissionnaires Agréés en Douanes reconnaissent avoir effectué des paiements informels à différentes étapes.
Problèmes de gouvernance et coordination : L’OPA relève une faible collaboration entre organismes de gestion du fret (BGFT, BNFT, BARC), un manque d’information sur les procédures chez les usagers (transporteurs, CAD).
Limitations techniques et structurelles : L’OPA relève une insuffisance de balises GPS, des difficultés de connexion Internet, des coupures d’électricité et une faible professionnalisation de certains intermédiaires (transitaires).

Les recommandations clés, formulées consensuellement à l’issue des travaux.
L’OPA recommande d’Accélérer la dématérialisation, en finalisant la numérisation des procédures avec suppression des étapes physiques, d’Harmoniser les systèmes d’information entre le Cameroun et les pays de l’hinterland (RCA, Tchad), de Réduire les coûts et de simplifier les procédures, et de Créer un guichet unique et un système d’information portuaire totalement intégré.
L’Observatoire recommande également d’améliorer la transparence sur les tarifs et frais officiels, et sur la gouvernance. Les Port suscités doivent mettre en place des mécanismes de dénonciation des pratiques illicites (numéros verts, plateformes anonymes), renforcer les contrôles internes et responsabiliser les agents. L’OPA recommande de moderniser les infrastructures de soutien, de renforcer l’accès Internet et les solutions énergétiques alternatives (générateurs), d’augmenter le nombre de balises GPS disponibles et d’ouvrir davantage le secteur à des prestataires privés certifiés.
L’OPA, un compartiment de l’Institut Sous-régional de Statistique et d’Économie Appliquée (ISSEA), démembrement de la Commission de la Cemac
L’Observatoire des Pratiques Anormales est né de la nécessité, en zone Cemac, de disposer d’indicateurs objectifs pour alimenter les politiques communautaires, devant renforcer la fluidité des échanges économiques, et consolider l’intégration sous-régionale. D’après la Commission, Il s’inscrit dans le cadre de la démarche communautaire décidée par les Chefs d’Etat, visant à donner corps à une véritable libre circulation des biens et des personnes à travers l’interconnexion des infrastructures de transport, l’intégration physique, et la fluidification des échanges.
“Depuis 2021, l’Observatoire des Pratiques Anormales (OPA) est devenu un outil essentiel de suivi du transport sur nos corridors. Il permet d’analyser les comportements institutionnels et les pesanteurs sociales qui freinent la fluidité des transports sur nos corridors et renchérissent le coût du commerce
L’OPA s’inscrit ainsi dans une vision commune pour l’avenir qui vise à rendre nos corridors plus performants. Cette vision est une nécessité politique et économique majeure, notamment pour la Centrafrique et le Tchad, pays sans littoral. Il en va du pouvoir d’achat des populations, de l’accès aux produits de base, et de la compétitivité de toute la sous-région.
Billy Kolla












