Les attaques racistes contre Kylian Mbappé et contre de nombreux sportifs Africains pendant la Coupe du monde 2026 n’ont pas été un simple dérapage sur les réseaux sociaux. Elles s’inscrivent dans une histoire plus longue : celle des stéréotypes coloniaux qui continuent de façonner le regard porté sur les joueurs Noirs et sur le football africain. Il est temps de rompre avec ces représentations.
Le cas Mbappé : un révélateur
Les insultes visant Kylian Mbappé ne sont pas des incidents isolés. Elles montrent que, malgré les campagnes contre le racisme, certains imaginaires coloniaux demeurent profondément ancrés dans le football.
Les stéréotypes ne visent pas seulement les joueurs; ils frappent également les équipes africaines. Pourtant, les sélections du continent disposent aujourd’hui de structures professionnelles performantes, d’entraîneurs de très haut niveau et de véritables écoles tactiques. Les présenter comme spontanées, désordonnées ou « “sauvages » revient à nier leur travail, leur discipline et leurs succès. Ces discours finissent aussi par peser sur les joueurs eux-mêmes en fragilisant leur reconnaissance et leur confiance.
Le poids des mots
Les mots ne sont jamais neutres. Ils façonnent les représentations collectives, transmettent des hiérarchies héritées de l’histoire coloniale et influencent des millions de téléspectateurs. Lorsqu’ils sont prononcés par des responsables politiques, des journalistes ou d’anciens sportifs devenus consultants, leur portée est encore plus grande.
Cette Coupe du monde 2026 est marquée par des déclarations témoignant d’une inquiétante banalisation des stéréotypes raciaux. Après les propos présentant le football africain comme « sauvage » ou réduisant l’équipe de France à une prétendue équipe „africaine », les insultes proférées par la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla contre Kylian Mbappé constituent un nouveau seuil dans cette dérive
Les responsables publics et les commentateurs ne peuvent ignorer l’influence de leurs paroles. Lorsqu’ils décrivent les équipes africaines comme « indisciplinées » ou réduisent des joueurs français à leurs origines, ils légitiment des représentations discriminatoires. Les stéréotypes deviennent dangereux lorsqu’ils sont répétés, banalisés et présentés comme des évidences.
Une responsabilité collective
Le racisme anti-Noir commence par des mots et des clichés qui finissent par paraître ordinaires, créant un climat où l’inacceptable devient toléré. C’est pourquoi les institutions sportives et les médias ont le devoir de réagir avec fermeté. Face à une telle dérive, le silence n’est pas une option. La liberté d’expression protège le débat démocratique ; elle ne saurait servir de refuge à la déshumanisation.
Conclusion
La Coupe du Monde doit rester une fête des peuples, jamais une tribune offerte aux préjugés raciaux.
Le football est aujourd’hui le sport le plus universel. Il ne peut devenir le lieu où ressurgissent les vieux clichés coloniaux. La lutte contre le racisme ne consiste pas seulement à sanctionner les insultes dans les tribunes. Elle suppose aussi d’interroger les mots, les images et les récits qui continuent de produire des inégalités symboliques.
Respecter Kylian Mbappé, c’est aussi respecter tous les joueurs que l’on continue de regarder à travers les lunettes des préjugés hérités de l’histoire. Respecter le football africain, c’est reconnaître enfin ce qu’il est devenu : l’une des grandes forces créatives du football mondial.
Combattre le racisme ne consiste jamais à opposer les peuples, mais à défendre un principe universel : chaque être humain a droit au respect inconditionnel de sa dignité.
Dr. Pierrette Herzberger-Fofana /Ancienne Députée au Parlement européen / Citoyenne d’honneur d’Erlangen. Allemagne














