La Fondation AfricAvenir International a commémoré, les 28 et 29 août 2026 à Douala, les événements du 28 août 1884. La cérémonie, marquée par la présence du Gouverneur de la région du Littoral, d’une représentante du Mali et de plusieurs universitaires, a replacé la résistance anticoloniale, la restitution et les réparations au centre du débat.
À Douala, le devoir de mémoire prend une nouvelle dimension. Réunis à l’initiative de la Fondation AfricAvenir International, autorités administratives, universitaires, acteurs culturels et représentants de la société civile ont revisité l’histoire de la résistance camerounaise à la pénétration coloniale, avec en toile de fond la question des réparations.
L’événement a également bénéficié du soutien de la Direction des Citoyens et de la Diaspora (CIDO) de la Commission de l’Union africaine, à travers un message de son directeur, l’Ambassadeur Amr Aljowaily. Dans ce message adressé depuis Addis-Abeba, le responsable de la CIDO rappelle que la mémoire constitue le socle de toute démarche réparatrice : « Il n’y a pas de réparation sans vérité, ni de vérité sans mémoire. »
Faire connaître les héros de la résistance
L’un des points forts de la rencontre réside dans le travail de réappropriation historique porté par AfricAvenir International. Sur un mur extérieur de la de la Fondation, un tableau présente les noms des différents héros de la résistance depuis 1884. Cette exposition mémorielle entend remettre en lumière des figures historiques qui, selon les organisateurs, restent largement absentes des programmes scolaires ou insuffisamment enseignées aux jeunes générations.

Le tableau devient ainsi un support pédagogique et symbolique. Il rappelle que la conquête coloniale ne s’est pas faite face à des populations passives, mais a rencontré, dès ses débuts, des résistances organisées et des figures qui ont défendu leurs territoires, leur souveraineté et leur dignité.
Pour la Fondation, cette réappropriation de l’histoire passe nécessairement par l’éducation. Connaître les noms, les parcours et les combats de ces résistants constitue une étape essentielle pour permettre aux jeunes Camerounais de mieux comprendre leur histoire.
Kum’a Ndumbé III, la mémoire comme outil de renaissance
Fondateur et président de la Fondation AfricAvenir International, le Pr Kum’a Ndumbé III fait de cette bataille mémorielle l’un des axes majeurs de son engagement.
La commémoration du 28 août 1884 s’inscrit dans cette volonté de replacer les résistances africaines au centre du récit historique. Elle permet également de faire le lien entre les combats du passé et les revendications actuelles en faveur de la restitution du patrimoine africain.
Cet engagement trouve un écho au niveau continental. Le message de l’Union africaine souligne que le Pr Kum’a Ndumbé III est vice-président pour l’Afrique centrale du Comité d’experts de l’Union africaine sur les réparations.
Séhou Ahmadou : de la connaissance historique aux réparations
Les échanges ont également été nourris par l’intervention du Pr Séhou Ahmadou, qui a apporté un éclairage universitaire sur les questions liées à l’esclavage, à la traite et à la colonisation.
Son intervention a permis de replacer la réflexion sur les réparations dans une perspective historique plus large. La reconnaissance des crimes du passé, la transmission de leur histoire et la restauration de la mémoire apparaissent comme des dimensions complémentaires d’un même processus.
L’enjeu n’est donc pas seulement de réclamer une réparation matérielle. Il s’agit aussi de restaurer une mémoire, de reconnaître les victimes et de permettre aux générations actuelles de connaître les trajectoires de ceux qui ont résisté.
L’Union africaine engage une nouvelle dynamique
La rencontre de Douala intervient dans un contexte continental favorable à cette réflexion. Après avoir consacré 2025 à la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations, l’Union africaine a consacré la période 2026-2035 à cette cause.
La restitution occupe une place centrale dans cette démarche. La Position africaine commune sur la restitution des ressources patrimoniales appelle notamment au retour des biens culturels africains, y compris les restes humains. La Loi-type sur la protection des biens culturels et du patrimoine ainsi que le projet du Grand Musée de l’Afrique participent également à cette dynamique.
Pour la CIDO, les travaux de Douala doivent désormais contribuer à cette réflexion continentale. Son directeur a souhaité que leurs conclusions soient partagées avec le Comité d’experts sur les réparations afin d’enrichir l’élaboration d’une Position africaine commune sur la justice réparatrice.
De la commémoration à l’action
À travers cette rencontre, AfricAvenir International entend donc dépasser la simple commémoration. Le tableau consacré aux héros de la résistance, les échanges universitaires et la participation d’acteurs institutionnels traduisent une même ambition : réhabiliter la mémoire historique pour mieux construire l’avenir.
La présence du Gouverneur du Littoral et d’une représentante du Mali, conjuguée au soutien exprimé par l’Union africaine, donne à cette initiative une portée qui dépasse le cadre de Douala.
Le 28 août 1884 devient ainsi plus qu’une date historique. Il constitue un point d’appui pour rappeler les résistances africaines, réclamer la restitution du patrimoine et inscrire la question des réparations dans une dynamique continentale.
Comme le souligne le message de l’Union africaine, l’objectif est de faire de la mémoire un chemin vers « la justice, la dignité et la renaissance africaine ».















