À Douala, la 11e édition de la caravane de sensibilisation à l’adhésion aux Centres de gestion agréés (CGA), tenue les 1er et 2 septembre 2026, a posé les jalons d’une ambition qui dépasse les frontières camerounaises : mieux structurer les petites entreprises pour leur permettre de gagner en compétitivité et de se projeter sur les marchés africains.
La Salle des fêtes d’Akwa a accueilli, pendant deux jours, entrepreneurs, responsables des CGA et acteurs institutionnels autour du thème « Optimisation du dispositif d’accompagnement des entrepreneurs dans les CGA : défis, stratégies et perspectives ». L’ouverture des travaux a été présidée par Achille Bassilekin III, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat.
Derrière cette campagne se joue un enjeu majeur pour l’économie camerounaise : améliorer l’environnement dans lequel évoluent les petites entreprises, renforcer leur gestion et créer les conditions de leur croissance. Une problématique qui prend une dimension particulière dans un contexte africain marqué par l’intensification des échanges et la construction progressive d’un marché continental.
Faire de la formalisation un avantage
À Douala, le gouvernement a mis en avant plusieurs mesures destinées à rendre la formalisation plus attractive. Parmi les facilités rappelées par le ministre figurent notamment un congé fiscal de trois ans ainsi qu’un avantage fiscal de 20 % pour les PME qui recrutent et forment les jeunes et les femmes, auxquels s’ajoutent d’autres mécanismes d’accompagnement.
L’enjeu est de faire comprendre aux entrepreneurs que la formalisation ne se résume pas à une obligation administrative. Elle peut devenir un point d’appui pour améliorer la gestion, accéder à certaines opportunités et renforcer la crédibilité de l’entreprise auprès de ses partenaires.
Cette évolution est d’autant plus stratégique que les PME camerounaises sont appelées à évoluer dans un espace économique de plus en plus ouvert. Pour celles qui souhaitent dépasser leur marché local, la maîtrise des données comptables, fiscales et financières constitue un préalable à la recherche de financements, de partenariats et de nouveaux débouchés.

Pauline Étoile Biumla : l’expérience d’une PME en transformation
Le témoignage de Pauline Étoile Biumla, promotrice de Biumla Drinks, a donné une illustration concrète de cette évolution. Son entreprise, basée à Douala, transforme notamment des produits locaux en boissons.
Adhérente à un CGA depuis environ un an, elle estime que cet accompagnement a rendu la gestion quotidienne de son entreprise plus fluide, particulièrement dans les domaines fiscal et comptable. « Grâce à notre adhésion à ce CGA, nous voyons notre gestion quotidienne plus fluide et beaucoup plus améliorée, notamment en ce qui concerne la fiscalité, la comptabilité et même en termes d’accompagnement. »»
Pour la promotrice, ce soutien lui permet de consacrer davantage de temps à la production et à la distribution. Créée le 13 avril 2020, son entreprise est, selon ses déclarations, passée de trois à six employés. Sa capacité de production serait également passée de 500 à 1 500 bouteilles par jour.
Pauline Étoile Biumla affirme également avoir bénéficié de deux appuis du ministère, qui auraient contribué au renforcement de ses capacités de production et à l’amélioration de ses produits. Elle estime que l’accompagnement public représente plus de 60 % du développement de son entreprise. Cette appréciation relève de son expérience personnelle, mais traduit l’importance qu’elle accorde aux mécanismes publics de soutien.
OHADA et ZLECAf : le prochain horizon des PME camerounaises
La formalisation prend tout son sens dans un espace économique africain en pleine intégration. Membre de l’OHADA, le Cameroun évolue dans un cadre commun qui harmonise notamment le droit des affaires et les normes comptables, renforçant la sécurité juridique des entreprises et facilitant leurs relations économiques avec les autres États membres. Pour les PME, disposer d’une comptabilité fiable et d’une gestion structurée devient ainsi un atout pour accéder aux partenariats et marchés régionaux.
À cette échelle s’ajoute la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont les échanges ont démarré en janvier 2021 et qui ambitionne de créer un marché africain intégré des biens et services. Pour les PME camerounaises, cette ouverture représente une possibilité d’élargir leurs débouchés, mais aussi une exigence de compétitivité : qualité, traçabilité, capacité de production et solidité financière deviennent indispensables. Le MINPMEESA a d’ailleurs inscrit la sensibilisation aux opportunités de la ZLECAf parmi ses actions en faveur des entrepreneurs.
L’enjeu est donc clair : faire de la structuration des PME le premier pas vers leur projection régionale et continentale. Des CGA mieux intégrés à cet effort pourraient contribuer à transformer le « Made in Cameroon » en une offre capable de franchir durablement les frontières.

Douala, laboratoire d’une ambition continentale
Le choix de Douala pour cette 11e caravane n’est pas anodin. La capitale économique concentre près de 38 % des PME du secteur formel camerounais, selon les données présentées lors de la rencontre.Cette concentration fait de la ville un terrain stratégique pour renforcer les mécanismes d’accompagnement et mieux répondre aux besoins d’un tissu entrepreneurial appelé à jouer un rôle croissant dans la transformation de l’économie.
Mais derrière les chiffres se dessine une question plus large : comment faire émerger des entreprises camerounaises capables non seulement de satisfaire la demande intérieure, mais également de prendre position sur les marchés voisins et, à terme, sur le marché continental ?
L’agroalimentaire, la transformation des matières premières, l’artisanat, les services et les activités numériques offrent déjà des pistes. La bataille sera désormais celle de la qualité, de la productivité, de la certification et de la capacité à produire à une échelle compatible avec les marchés africains.
2027, une nouvelle étape
Les échanges de Douala ont enfin permis de recueillir les préoccupations des entrepreneurs en perspective de la préparation de la loi de finances 2027. Cette démarche doit contribuer à identifier les obstacles persistants et à améliorer les mécanismes d’accompagnement des très petites, petites et moyennes entreprises.
Pour le Cameroun, l’enjeu est désormais de dépasser la seule logique de survie des PME. Il s’agit de créer les conditions de leur croissance, de leur professionnalisation et de leur ouverture sur les marchés régionaux.
De Douala à l’Afrique, le chemin passe d’abord par la structuration. Si les CGA réussissent à transformer la formalisation en véritable levier de compétitivité, ils pourraient contribuer à préparer une nouvelle génération de PME camerounaises : des entreprises capables de produire localement, de conquérir régionalement et de penser continentalement.














