Le groupe nigérian vient de lancer la plus importante introduction en Bourse jamais réalisée en Afrique pour sa raffinerie de Lagos. Alors que Dangote veut lever jusqu’à 2,1 milliards de dollars pour doubler ses capacités, le Cameroun apparaît déjà comme l’un des points d’appui de son expansion vers l’Afrique centrale.
Le mouvement dépasse désormais les frontières du Nigeria. Dangote veut transformer sa raffinerie de Lagos en plateforme pétrolière à vocation continentale, et le Cameroun se retrouve au cœur de cette stratégie. Depuis le 14 septembre 2026, Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals a ouvert une opération d’introduction en Bourse destinée à lever jusqu’à 2,1 milliards de dollars. L’offre porte sur environ 3 % du capital et valorise la raffinerie autour de 49 milliards de dollars.
L’argent doit notamment accompagner l’expansion du complexe. Sa capacité, portée à 700 000 barils par jour, doit encore être augmentée afin d’atteindre environ 1,4 million de barils par jour à l’horizon 2028-2029. L’Energy Information Administration américaine confirme que la montée en puissance de Dangote a déjà profondément modifié les flux de produits pétroliers nigérians : les exportations maritimes de produits pétroliers du Nigeria ont atteint en moyenne 350 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026.
Le Cameroun n’est plus un marché périphérique
Pour l’Afrique centrale, l’enjeu est particulièrement concret. Le Cameroun a été le premier acheteur étranger de produits pétroliers de la raffinerie Dangote. En décembre 2024, un premier chargement de 60 000 tonnes de produits raffinés avait été expédié vers le pays pour le compte de Neptune Oil.
Depuis, les flux se sont élargis. En mars 2026, Dangote annonçait avoir vendu 12 cargaisons totalisant 456 000 tonnes de produits raffinés à des traders internationaux, avec des livraisons destinées notamment au Cameroun, à la Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo et à la Tanzanie. Cette proximité géographique change la donne. Pour le Cameroun et, potentiellement, les marchés voisins d’Afrique centrale, Lagos offre une source d’approvisionnement située beaucoup plus près que les traditionnels fournisseurs du Moyen-Orient ou d’Europe.
Un terminal au Cameroun dans le viseur
Le groupe envisage la construction d’un terminal de stockage de produits pétroliers au Cameroun. Le projet ouvrirait à la raffinerie de Lagos un point d’appui logistique supplémentaire pour distribuer ses produits vers l’Afrique centrale.
L’intérêt stratégique est évident : disposer d’une infrastructure de stockage au Cameroun permettrait à Dangote de ne plus seulement vendre des cargaisons ponctuelles, mais de construire progressivement une présence logistique régionale. Pour le marché camerounais, cela pourrait aussi modifier la géographie de l’approvisionnement. Le pays importe une partie importante de ses produits pétroliers et reste exposé aux perturbations des grandes routes internationales d’approvisionnement.
La crise énergétique liée aux perturbations du Moyen-Orient a d’ailleurs déjà montré l’intérêt d’une diversification des sources. En mars, Reuters rapportait que les exportations nigérianes de produits pétroliers vers d’autres pays africains avaient fortement progressé, tandis que les flux traditionnels étaient perturbés. Le Cameroun figurait parmi les destinations des produits de Dangote.
De Lagos à l’Afrique centrale, Dangote change d’échelle
Le véritable enjeu de l’opération boursière lancée cette semaine est donc moins la seule levée de fonds que la nouvelle phase d’expansion qu’elle doit financer. Dangote dispose désormais d’une raffinerie capable de produire à une échelle qui dépasse largement les besoins du marché nigérian. Les données de l’EIA montrent que les exportations de produits pétroliers du Nigeria vers l’Europe et les autres pays africains ont fortement progressé en 2026.
Le groupe dispose ainsi d’un double avantage : une capacité industrielle considérable et une implantation géographique au bord de l’Atlantique, à proximité de plusieurs marchés africains. Pour le Cameroun, la question n’est donc plus de savoir si Dangote peut devenir un fournisseur régional. Les premiers flux existent déjà. La question porte désormais sur l’ampleur que pourrait prendre cette relation si les investissements logistiques annoncés au Cameroun se concrétisent.
À terme, un dispositif combinant raffinerie à Lagos, capacités de stockage au Cameroun et distribution régionale pourrait donner à Dangote une position renforcée sur les marchés d’Afrique centrale. C’est là que se joue la prochaine bataille du groupe : passer du statut de géant nigérian du raffinage à celui d’opérateur panafricain des produits pétroliers. Et dans cette équation, le Cameroun pourrait devenir beaucoup plus qu’un simple débouché commercial : une porte d’entrée vers l’Afrique centrale.















