Le Syndicat des industriels du Cameroun et le Groupement des transporteurs terrestres du Cameroun ont signé, le 5 novembre 2026 à Douala, une convention destinée à mieux structurer les relations entre producteurs et transporteurs. Conclu après près de trois ans de négociations, ce partenariat intervient alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) renforce les exigences de compétitivité et de fluidité des échanges sur le continent.
Le transport routier s’impose comme un maillon stratégique de la compétitivité industrielle en Afrique centrale. C’est dans cette perspective que le Syndicat des industriels du Cameroun (SYNDUSTRICAM) et le Groupement des transporteurs terrestres du Cameroun (GTTC) ont officialisé une convention de partenariat, le jeudi 5 novembre 2026 à Douala.
L’accord vise à améliorer les relations commerciales entre les entreprises industrielles et les transporteurs, notamment sur les questions d’organisation des prestations, de prévisibilité des services et de maîtrise des coûts logistiques. La signature est intervenue au cours de l’Assemblée générale ordinaire du SYNDUSTRICAM. La cérémonie protocolaire s’est déroulée en présence des autorités municipales et du président du Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), avant la poursuite des travaux internes de l’organisation.
Selon Samuel Njanga Kondo Ngande, président du SYNDUSTRICAM, la convention est l’aboutissement d’un processus de négociation qui aura duré près de trois ans. Le partenariat répond à une double préoccupation : permettre aux transporteurs de bénéficier d’offres structurées auprès des entreprises industrielles et garantir à ces dernières des prestations plus professionnelles, prévisibles et financièrement maîtrisées.
« La compétitivité ne se joue pas seulement à l’intérieur de l’usine, elle se joue aussi dans l’approvisionnement et dans la conquête des marchés », a expliqué le président du syndicat. Cette approche souligne le rôle de la chaîne logistique dans la capacité des industries à approvisionner leurs unités de production, livrer leurs clients et accéder aux marchés régionaux.
Le GTTC, représenté par son secrétaire général du bureau national, M. Souleymanou, est notamment actif sur le corridor Douala-N’Djamena-Bangui. Ce corridor constitue un axe important pour les échanges entre le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine. Pour le représentant du groupement des transporteurs, l’intégration commerciale africaine impose une adaptation des entreprises et des opérateurs logistiques.
« À l’heure de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, la ZLECAf, l’industrie camerounaise doit faire preuve de compétitivité pour faire face à cette nouvelle réalité », a-t-il déclaré. Il a également insisté sur la place du transport dans le développement productif : « Dans le développement industriel, le transport est capital. » La convention conclue avec le SYNDUSTRICAM doit ainsi contribuer à optimiser ce maillon de l’économie nationale.

Une industrie camerounaise encore peu présente dans les exportations manufacturières
Ce rapprochement entre industriels et transporteurs intervient dans un contexte où la transformation locale demeure un enjeu majeur pour les économies de la sous-région. Dans son rapport d’activités 2025, le SYNDUSTRICAM annonce une hausse de 21,2 % des exportations manufacturières camerounaises, passées de 106,2 milliards à 128,6 milliards FCFA.
Les savons, les bouteilles et flacons, les tôles en aluminium et les boissons gazeuses figurent parmi les produits ayant contribué à cette progression. Toutefois, selon les données présentées dans le rapport, les produits manufacturés ne représentent encore que 4,4 % des exportations totales du pays. Les produits primaires continuent donc de dominer les ventes à l’extérieur.
Le document fait également état de la mise en service d’une douzaine d’unités industrielles en 2025, ainsi que de l’admission de sept entreprises et de 128 nouveaux produits nationaux au régime préférentiel de la CEMAC. Ces évolutions traduisent une dynamique de diversification de l’offre productive, mais les entreprises restent confrontées à des difficultés d’accès aux marchés et à des coûts d’exploitation élevés.
Pour Samuel Njanga Kondo Ngande, l’import-substitution ne pourra progresser sans une amélioration des conditions de production. « Elle suppose que produire au Cameroun ne soit pas structurellement plus difficile et plus coûteux que d’importer », a-t-il affirmé dans son discours d’ouverture. Le président du SYNDUSTRICAM a notamment cité l’insuffisance de l’approvisionnement électrique, les difficultés d’accès au financement, les charges fiscales et administratives, les coûts logistiques, la concurrence des importations et la fraude parmi les contraintes qui affectent les industriels.

Des partenariats pour élargir les échanges sous-régionaux
La convention avec le GTTC s’inscrit dans une stratégie plus large de développement des relations économiques et professionnelles du SYNDUSTRICAM avec les acteurs de la sous-région. Au cours de l’exercice 2025, l’organisation indique avoir participé à 16 conseils, comités et cadres de concertation. Elle a également engagé ou renforcé des collaborations avec plusieurs institutions et organisations professionnelles.
Le rapport mentionne notamment des échanges avec l’Union des organisations patronales du Congo (UNOC), dans la perspective de développer des coopérations et des missions d’affaires croisées. La participation du syndicat à la FECIAC, organisée à Brazzaville en novembre 2025, avait également permis d’aborder les enjeux logistiques du corridor Kribi-Bangui via Ouesso.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte où les corridors de transport, les infrastructures portuaires et la fluidité des échanges conditionnent de plus en plus l’intégration des économies d’Afrique centrale. Pour les entreprises, la compétitivité ne dépend donc pas uniquement des capacités de production, mais aussi de la fiabilité des circuits d’approvisionnement et de distribution.
Le SYNDUSTRICAM doit néanmoins renforcer ses propres ressources pour poursuivre cette politique de représentation. Son rapport financier fait état d’un résultat net de 6,43 millions FCFA en 2025, contre 20,67 millions en 2024, tandis que les cotisations facturées ont reculé de 24,2 %. Le recouvrement des contributions des membres et l’élargissement de la base adhérente figurent ainsi parmi les priorités de la nouvelle gouvernance.
À travers le partenariat avec le GTTC, le syndicat entend agir sur un facteur concret de compétitivité : le transport des marchandises. Dans la perspective de la ZLECAf, la capacité des entreprises camerounaises à réduire leurs coûts logistiques, à sécuriser leurs approvisionnements et à desservir les marchés de la sous-région sera déterminante pour renforcer leur présence dans les échanges africains.















