Réunis du 2 au 4 novembre 2026 à Douala, le Cameroun, le Tchad, le Nigeria et la République centrafricaine travaillent à harmoniser leurs mécanismes de surveillance et de riposte contre les épidémies. Avec plus de 78 000 cas de choléra notifiés dans les quatre pays depuis le début de l’année, la rencontre entend transformer la coopération sanitaire en dispositif opérationnel, au-delà des frontières nationales.
La circulation des personnes et des marchandises dans le bassin du lac Tchad constitue à la fois un moteur des échanges économiques et un facteur de vulnérabilité sanitaire. Dans cet espace marqué par la mobilité des populations, les déplacements transfrontaliers et les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, les flambées épidémiques peuvent rapidement dépasser les capacités de réponse d’un seul État. C’est à cette réalité que les autorités sanitaires du Cameroun, du Tchad, du Nigeria et de la République centrafricaine tentent d’apporter une réponse coordonnée, à l’occasion de la réunion transfrontalière ouverte le 2 novembre à Douala.
Le choléra reste au centre des discussions
Les données présentées par le ministre camerounais de la Santé publique, Manaouda Malachie, à l’ouverture des travaux font état de 78 734 cas et de 693 décès cumulés dans les quatre pays au 30 octobre 2026. Le Nigeria concentre la plus grande partie de cette charge épidémiologique avec 73 416 cas et 493 décès. Le Cameroun enregistre 3 103 cas et 94 décès, le Tchad 1 431 cas et 60 décès, tandis que la République centrafricaine compte 784 cas et 46 décès.
Au Cameroun, la transmission demeure active dans les régions de l’Extrême-Nord et du Nord. Cette situation illustre les difficultés persistantes de contrôle de la maladie dans les territoires exposés aux insuffisances d’approvisionnement en eau potable, aux conditions précaires d’hygiène et d’assainissement, aux inondations récurrentes et aux mouvements de populations. Mais la pression sanitaire régionale ne se limite plus au choléra. La confirmation, le 20 octobre 2026, d’un cas importé de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo à Abuja, au Nigeria, a élargi les préoccupations des autorités. L’événement rappelle la nécessité de renforcer les capacités de détection, les investigations épidémiologiques, le suivi des contacts et la préparation des laboratoires. La Mpox figure également parmi les maladies prioritaires dont la surveillance doit être consolidée.
Des frontières de circulation aux frontières de surveillance
L’un des enjeux de la rencontre est de faire évoluer les mécanismes de coopération entre les pays voisins. Il ne s’agit pas simplement de partager des informations lorsque des flambées sont déjà déclarées, mais de construire un système permettant de détecter les signaux précoces, de vérifier rapidement les alertes et d’organiser une réponse concertée avant que les foyers ne prennent de l’ampleur.
Dans son allocution d’ouverture, le ministre camerounais de la Santé publique a insisté sur la nécessité d’institutionnaliser les mécanismes de concertation et de communication entre les États. Les travaux doivent notamment permettre de définir des procédures opérationnelles standardisées pour le partage en temps réel des données épidémiologiques et l’acheminement sécurisé des échantillons biologiques vers les laboratoires de référence.
Les délégations sont également appelées à harmoniser leurs dispositifs de surveillance aux points d’entrée, leurs procédures de notification et leurs protocoles de gestion des cas suspects susceptibles de traverser les frontières. L’objectif est de garantir une continuité de la réponse sanitaire, indépendamment du territoire sur lequel une alerte est détectée.
Cette coordination devra toutefois respecter les exigences du Règlement sanitaire international de 2005. Le ministre a notamment mis en garde contre la stigmatisation des voyageurs, les fermetures indiscriminées des frontières et les restrictions injustifiées aux échanges commerciaux. La surveillance sanitaire ne doit pas devenir un obstacle à la mobilité régionale, mais un mécanisme permettant de sécuriser les déplacements.
La prévention au-delà de l’urgence
La réunion accorde également une place importante aux interventions complémentaires de vaccination orale contre le choléra, à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement. La planification de campagnes préventives et réactives, notamment dans les zones frontalières prioritaires, figure parmi les pistes de coopération examinées. Cette orientation rejoint les objectifs du Plan national de contrôle du choléra 2026-2030 du Cameroun, validé techniquement en septembre 2025. Inscrit dans la feuille de route mondiale du Groupe spécial mondial de lutte contre le choléra (GTFCC), ce dispositif vise à passer d’une gestion essentiellement réactive des flambées à une approche durable, multisectorielle et fondée sur les risques.
La contribution de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) et de la Croix-Rouge camerounaise illustre l’importance du travail communautaire dans cette stratégie. Le réseau national de la Croix-Rouge camerounaise compte 105 000 bénévoles. Plus de 2 860 alertes communautaires ont déjà été intégrées à la plateforme NYSS du ministère de la Santé publique dans le cadre d’un partenariat programmatique de trois ans. Les interventions de proximité ont également permis d’identifier et de vacciner 533 enfants auparavant non atteints, notamment au sein des populations nomades et transhumantes.
Pour l’IFRC, les communautés constituent la première ligne de défense face aux risques sanitaires. La détection précoce, l’orientation des personnes malades, la communication sur les risques et les activités d’eau, d’hygiène et d’assainissement doivent ainsi être intégrées aux dispositifs nationaux de surveillance et de riposte.
Trois livrables pour dépasser les déclarations de coopération
Au terme des travaux, les délégations devront parvenir à des engagements opérationnels. Trois principaux résultats sont attendus : la désignation de points focaux transfrontaliers mobilisables 24 heures sur 24, l’élaboration d’une feuille de route harmonisée pour la surveillance du choléra, de la Mpox et de la maladie à virus Ebola, ainsi qu’un plan d’action conjoint précisant les responsabilités, les échéances et les besoins en ressources.
La question du financement demeure déterminante. Les États sont appelés à identifier les priorités communes de plaidoyer pour mobiliser les ressources nécessaires à la vaccination, aux investissements en eau et assainissement et au renforcement de la préparation épidémique.
La rencontre de Douala intervient dans le prolongement des réflexions engagées lors de la réunion transfrontalière de N’Djamena en juin 2018, consacrée à la prévention et au contrôle du choléra dans le bassin du lac Tchad. Les recommandations de l’époque portaient déjà sur le partage d’informations entre pays, la vaccination orale, le financement des activités transfrontalières et l’élaboration de plans nationaux multisectoriels.
8 ans plus tard, l’élargissement des préoccupations à la Mpox et à Ebola renforce la nécessité de dépasser les mécanismes de concertation ponctuels. Pour les pays concernés, le véritable enjeu est désormais de transformer les engagements régionaux en procédures permanentes, financées et effectivement appliquées sur le terrain.















