À Douala, le débat sur l’avenir du financement en Afrique centrale change de registre. Pendant trois jours, du 23 au 25 septembre, la Diamond Capital Convention 2026 a réuni des investisseurs, institutions financières, entreprises et professionnels du marché financier autour d’un enjeu qui dépasse les frontières camerounaises : comment transformer le capital disponible en moteur durable de croissance pour les économies de la CEMAC ?
La clôture, ce vendredi au Best Western Plus de Douala, n’a pas cherché à refermer cette réflexion. Elle en a plutôt fixé la prochaine étape. Selon Ingrid Obouh Fegue, Directrice Générale d’Almasi Capital et PCO de la DCC, trois jours ne peuvent suffire à résoudre les équations complexes du financement du développement. Ils peuvent en revanche faire émerger des lignes de force.
Sortir du face-à-face entre banque et marché
La première est celle d’une meilleure mobilisation du capital au service de l’économie réelle. Pour y parvenir, les économies de la région doivent pouvoir compter sur des projets mieux structurés, des entreprises plus transparentes et davantage investissables, mais également sur des instruments financiers adaptés aux horizons de long terme.
La deuxième touche à l’architecture même du financement. Le crédit bancaire demeure incontournable, mais ne peut porter seul les besoins d’investissement des économies de la région. Marché obligataire, gestion collective, garanties, financement structuré et capitaux privés doivent s’inscrire dans un même continuum. L’enjeu n’est plus de choisir entre la banque et le marché, mais de faire correspondre chaque besoin de financement à l’instrument approprié.
Cette approche pose également la question de l’accès des entreprises aux marchés de capitaux. Pour Ingrid Obouh Fegue, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les entreprises appelées à améliorer leur gouvernance, leur transparence et leur information financière. Les professionnels du marché doivent eux aussi aller vers les entreprises, comprendre leurs contraintes et contribuer à faire émerger de nouveaux émetteurs.

Le risque ne doit plus être un mur
Autre enseignement de la convention : le risque ne peut être appréhendé à travers une opposition entre investisseurs prudents et entrepreneurs insuffisamment préparés. Il doit être mesuré, structuré, partagé et, lorsque cela est possible, atténué.
Cette logique implique une articulation plus étroite entre capital privé, garanties, ressources publiques et instruments de partage du risque. Pour les économies africaines, l’enjeu est également celui de l’effet de levier : les ressources publiques ou concessionnelles doivent pouvoir contribuer à mobiliser davantage de capitaux privés plutôt qu’à s’y substituer.
La profondeur du marché se mesure aux opérations
La convention a également déplacé le curseur vers un indicateur concret : le volume d’activité.
Un marché financier ne devient pas profond uniquement parce qu’il dispose d’un cadre réglementaire robuste. Il doit générer des émetteurs, des instruments, des transactions et de la liquidité. C’est sur ce terrain que se jouera une partie de la transformation du marché financier régional : offrir davantage d’opportunités aux investisseurs et davantage de voies d’accès au capital aux entreprises.
Dans son discours de fin, l’organisatrice de la Diamond Capital Convention a précisé que la confiance constitue l’autre infrastructure indispensable. Qualité de l’information, gouvernance, protection des investisseurs, crédibilité des règles et respect des engagements sont appelés à soutenir cette nouvelle dynamique.
De Douala à la prochaine étape
La convention entend désormais transformer ses échanges en feuille de route. Dans les prochaines semaines, les contributions des panels, des keynotes, des investisseurs, des institutions et des professionnels seront reprises pour distinguer les constats des recommandations et hiérarchiser les propositions selon leur degré de mise en œuvre.
Le futur Livre blanc de la Diamond Capital Convention 2026 devra surtout identifier, pour chaque recommandation, qui doit agir, sur quoi et comment mesurer les progrès. C’est dans cette perspective qu’Ingrid Obouh Fegue inscrit la Déclaration de Douala. Non comme le résumé définitif de trois jours de débats, mais comme le point de départ d’un processus appelé à se mesurer dans le temps. Le rendez-vous est déjà projeté à deux ans, avec une question volontairement simple : qu’auront réellement produit les engagements formulés à Douala ?
Pour l’Afrique centrale, l’enjeu dépasse donc la réussite d’un événement. Il touche à la capacité d’un marché financier régional à mieux connecter épargne, capital, entreprises et investissement, et à convertir cette connexion en opérations concrètes. À Douala, la conversation s’est achevée. Le test de sa capacité à produire des résultats commence maintenant.















