Au-delà du sacre de Maëllys Ngo Mboui, la 19ᵉ édition de Miss Cameroun relance une question rarement posée frontalement : jusqu’où un concours censé célébrer la beauté camerounaise doit-il pousser la transformation artificielle des candidates ? Perruques, extensions et coiffures sophistiquées occupent une place croissante dans l’esthétique du concours, au risque de brouiller le rapport à la beauté naturelle.
Samedi 19 septembre, le Palais des Congrès de Yaoundé a couronné Maëllys Ngo Mboui, représentante de la diaspora France. À 19 ans, la nouvelle Miss Cameroun arrive avec un profil qui dépasse largement les codes traditionnels d’un concours de beauté : double licence en Économie-Gestion et Mathématiques-Informatique, engagement pour l’accès des jeunes filles aux STEM et un projet social tourné vers les sciences et les technologies. Mais derrière les projecteurs, les robes, le maquillage et les mises en beauté, une autre réalité saute aux yeux : dans ce type de compétition, le cheveu naturel camerounais semble avoir de moins en moins droit de cité.
Une beauté de plus en plus fabriquée
La perruque n’est évidemment ni une faute esthétique ni un problème en soi. Elle permet de changer de style, de protéger les cheveux et d’explorer différentes expressions de la féminité.
Le problème apparaît lorsque l’artifice devient presque la norme et que la beauté est systématiquement associée à une transformation destinée à rapprocher les candidates de standards venus d’ailleurs. Cheveux longs, lisses, volumineux, boucles parfaitement dessinées : les mêmes codes reviennent régulièrement. À force, la question devient légitime : où est passée la diversité capillaire de la femme camerounaise ?
Car le Cameroun possède pourtant une richesse esthétique considérable : cheveux crépus, afros, locks, nattes, tresses traditionnelles, coupes courtes et multiples formes de coiffures héritées des différentes communautés du pays. Un concours qui prétend représenter la femme camerounaise pourrait aussi faire de cette diversité un élément de sa signature.
Quand l’Afrique assume aussi ses cheveux naturels
Le Cameroun n’est pourtant pas condamné à choisir entre élégance et cheveux naturels. Plusieurs concours africains montrent qu’une reine de beauté peut parfaitement porter une couronne sans dissimuler sa chevelure naturelle.
En Afrique du Sud, Zozibini Tunzi, élue Miss South Africa 2019 puis Miss Universe la même année, a marqué les esprits avec ses cheveux naturels courts. Son parcours est devenu l’un des exemples les plus visibles d’une beauté africaine assumée dans les grands concours internationaux.

Même évolution en Côte d’Ivoire. Marlène-Kany Kouassi, Miss Côte d’Ivoire 2022, avait remporté la couronne avec ses cheveux naturels. Un cas suffisamment rare dans l’histoire du concours ivoirien pour être remarqué. Plus récemment, le Comité Miss Côte d’Ivoire a décidé d’interdire les perruques, tissages et extensions lors des phases préliminaires de l’édition 2025, afin notamment de favoriser une représentation plus naturelle des candidates.
Le Cameroun lui-même a déjà connu cette approche. En 2014, Florence Epee, lauréate de Miss West Africa International, avait concouru dans un cadre où les organisateurs privilégiaient les cheveux naturels et les coiffures africaines, en excluant notamment les perruques et les tissages.
Ces exemples ne signifient pas que les concours africains ont définitivement tourné le dos aux coiffures artificielles. Ils montrent surtout qu’une autre conception de la beauté est possible : une beauté qui ne considère pas systématiquement le cheveu naturel comme quelque chose à corriger, à cacher ou à remplacer.
C’est précisément là que le débat camerounais mérite d’être posé. Pourquoi une Miss devrait-elle nécessairement avoir les cheveux transformés pour paraître suffisamment élégante, moderne ou digne d’une couronne ? À force d’imiter des standards venus d’ailleurs, le risque n’est-il pas de finir par présenter une reine de beauté qui ressemble davantage à un modèle international standardisé qu’à la jeune Camerounaise dans toute sa diversité ?
Le véritable enjeu n’est donc pas de condamner les perruques, les tissages ou les extensions. Chacune reste libre de ses choix esthétiques. Il est plutôt de savoir si, dans un concours censé représenter la beauté camerounaise, le naturel peut encore être considéré comme suffisamment beau pour être couronné.
La couronne ne devrait pas imposer un modèle unique
Le paradoxe est d’autant plus intéressant que le COMICA affirme vouloir faire évoluer le concours. Pour cette 19ᵉ édition, l’organisation a mis l’accent sur l’intelligence, l’éloquence, les projets sociaux et la responsabilité numérique. L’entretien individuel représente notamment 30 % de la note finale. Le concours rappelle lui-même qu’une Miss ne doit pas être réduite à son apparence.
Dès lors, pourquoi continuer à donner autant de poids à une esthétique standardisée ? La question ne vise pas la nouvelle reine. Maëllys Ngo Mboui est précisément présentée comme une candidate dont le parcours académique et l’engagement dépassent le simple exercice de représentation physique. Elle concerne plutôt l’image collective construite autour du concours.
Et si le naturel redevenait une force ?
Le véritable renouvellement de Miss Cameroun pourrait aussi passer par là : permettre aux candidates d’apparaître davantage avec leurs cheveux naturels, valoriser les coiffures camerounaises et africaines et montrer qu’une femme n’a pas besoin d’une longue chevelure artificielle pour être élégante.
Ce serait même un message particulièrement fort pour les jeunes filles qui regardent ces cérémonies et construisent progressivement leur rapport à leur apparence. Car une couronne n’est pas seulement un accessoire. Elle véhicule un modèle.
Et si Miss Cameroun veut réellement être une vitrine de l’intelligence, des valeurs, de la culture et du potentiel de la jeunesse camerounaise, comme l’affirme son organisation, la représentation de la beauté devrait pouvoir commencer par accepter ce que les Camerounaises ont déjà : leur visage, leur texture de cheveux et leur identité esthétique.
Maëllys Ngo Mboui ouvre désormais une nouvelle page du concours. À elle de montrer qu’une Miss peut porter une couronne sans devoir porter, en permanence, les cheveux de quelqu’un d’autre.













