Le patronat camerounais et l’administration fiscale se parlent. Mais derrière les réunions de concertation se joue une bataille plus profonde : celle de l’équilibre entre la mobilisation des recettes publiques et la capacité des entreprises à rester compétitives. À Douala, Célestin Tawamba a remis cette tension au centre du débat. Il y a le dialogue officiel. Et il y a la réalité des entreprises.
À l’approche de la Loi de finances 2027, le fossé entre les deux est devenu l’un des sujets sensibles du débat économique camerounais. Le 25 août 2026, la Direction générale des Impôts a lancé à Douala ses consultations avec le secteur privé en vue de la préparation de l’avant-projet de Loi de finances 2027. La première étape s’est déroulée au siège du GECAM, avant une rencontre avec la Chambre de commerce.
Mais un mois plus tard, Célestin Tawamba pose une question plus fondamentale : le patronat est-il réellement entendu lorsqu’il formule ses propositions ? Le patron de Gladyst Group et président du GECAM, a posé cette interrogation devant plus de 1500 participants à la clôture du 1er Diamond Capital Convention à Douala, le 25 septembre dernier. Sa réponse est nuancée. « Ils vous écoutent, mais ils n’arrivent finalement pas à prendre en compte la pleine mesure de ces demandes », affirme le président du GECAM. C’est là que commence le véritable problème.
Deux impératifs, une même équation
D’un côté, l’État doit financer son budget et sécuriser ses recettes. De l’autre, les entreprises doivent conserver suffisamment de ressources pour investir, embaucher, moderniser leur outil de production et conquérir de nouveaux marchés. Pour Tawamba, l’équilibre est aujourd’hui rompu. « La politique fiscale de notre pays depuis sept longues années […] est essentiellement destinée à collecter avec seul objectif, la collecte budgétaire. »
Il poursuit :« Les mesures fiscales qui sont mises en place pour accompagner ne sont, à la limite, marginales et souvent pas suffisantes. » Le propos est frontal. Mais il traduit surtout une divergence sur la fonction même de la fiscalité. Pour le président du GECAM, celle-ci ne peut pas être uniquement conçue comme un mécanisme de prélèvement. Elle doit aussi contribuer à créer les conditions de la croissance.
Le GECAM défend cette approche dans ses analyses fiscales. Pour la Loi de finances 2026, l’organisation patronale a notamment appelé à une réforme globale du Code général des impôts et à une fiscalité davantage orientée vers le développement, tout en demandant de limiter la pression fiscale et parafiscale sur le secteur formel.

« On marche à côté de nos chaussures »
Le désaccord porte également sur la manière dont les mesures fiscales sont conçues. Tawamba estime que certaines décisions donnent l’impression de répondre à une contrainte administrative plutôt qu’à la réalité économique. « On marche à côté de nos chaussures, en fait. C’est ça. »
Son exemple du secteur hôtelier pendant le Covid-19 est révélateur de cette critique. Alors que les établissements étaient quasiment privés de clientèle, certaines mesures d’allègement ont, selon lui, porté sur des taxes dont le rendement était déjà fortement réduit par l’effondrement de l’activité. « Mais il n’y a personne. » Pour Tawamba, une politique économique efficace doit d’abord identifier le point de blocage réel avant d’apporter une réponse fiscale.
Le problème institutionnel
Le président du GECAM va plus loin lorsqu’il interroge l’organisation même de la politique fiscale. Selon lui, la Direction générale des Impôts se trouve dans une position structurellement orientée vers la collecte. « Vous ne pouvez pas demander à la personne qui collecte en même temps de créer des mesures qui permettent d’assouplir, d’accompagner. C’est contradictoire. »
Il propose donc une séparation plus nette entre la fonction de collecte et la mission plus large d’amélioration de l’environnement des affaires. Cette lecture intervient alors que la DGI présente précisément les consultations avec le secteur privé comme un moyen de construire une fiscalité plus compétitive et d’améliorer la relation avec les entreprises.
Le débat est donc moins celui d’une absence de dialogue que celui de la capacité de ce dialogue à modifier les arbitrages fiscaux. « Il faut qu’on change le regard sur l’entreprise » Tawamba insiste sur un autre point : la perception de l’entreprise par l’administration.
« Il faut qu’on change le regard de l’entreprise. »
Dans sa vision, l’entreprise doit être considérée comme un partenaire de la puissance publique et non comme un simple réservoir de recettes. Cette philosophie rejoint d’ailleurs l’objectif affiché par la DGI, qui affirme vouloir renforcer la qualité de ses relations avec les contribuables. Mais pour le président du GECAM, le changement doit désormais être mesurable dans les textes.
La Loi de finances 2027 sera donc scrutée à la lumière de cette promesse de concertation. Le rendez-vous est pris : entre la volonté de l’État de sécuriser ses recettes et celle du secteur privé de préserver sa compétitivité, l’arbitrage fiscal sera aussi un arbitrage sur le rythme de croissance des entreprises camerounaises.















