Réunis à Douala le 28 octobre 2026, des responsables de la régulation financière et des experts économiques ont mis en avant la notation financière comme levier de mobilisation des capitaux en Afrique. À l’ouverture du premier Forum régional organisé par Geneva Investment Corporation (GIC Rating SA), Jacqueline Adiaba Nkembe, présidente de la COSUMAF, et Jean-Luc Mastaki Namegabe, directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, ont souligné l’importance d’une information financière fiable pour renforcer la crédibilité des marchés, attirer les investisseurs et améliorer les conditions de financement du continent.
Le coût du financement demeure un défi majeur pour les économies africaines. Alors que les besoins d’investissement augmentent et que les financements extérieurs traditionnels ne suffisent plus à répondre aux ambitions de développement du continent, la capacité à mobiliser l’épargne et à attirer les capitaux privés devient stratégique. Dans ce contexte, la notation financière apparaît comme un instrument susceptible de mieux informer les investisseurs sur les risques et de contribuer à améliorer les conditions d’accès aux marchés.
« Il est cher d’emprunter pour nous sur les marchés internationaux », a relevé Jean-Luc Mastaki Namegabe lors de son intervention à Douala. Pour illustrer cet écart, il a évoqué des données attribuées à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon lesquelles le coût moyen des emprunts internationaux en Afrique aurait atteint 9,9 dollars pour 100 dollars empruntés en 2024, contre environ 4,6 dollars dans les économies émergentes d’Asie. Ces chiffres mettent en évidence le poids des conditions de financement sur la capacité des États africains à soutenir leurs investissements.
Pour le responsable de la CEA, l’enjeu dépasse la seule recherche de ressources financières. Il s’agit également de réduire les asymétries d’information entre les émetteurs de titres et les investisseurs, en mettant à leur disposition des données fiables, structurées et comparables sur la situation financière des États et des entreprises. Une information plus claire sur les risques peut faciliter les décisions d’investissement et contribuer au développement des marchés de capitaux.
La crédibilité, condition de la confiance
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’émergence de GIC Rating SA, présentée lors du forum comme une nouvelle agence de notation financière en Afrique centrale. Son développement intervient dans un environnement où les marchés régionaux cherchent à élargir leur base d’investisseurs, à mobiliser davantage de ressources locales et à améliorer les conditions de financement des entreprises et des États.
Mais l’existence d’une agence ne suffit pas à garantir la confiance du marché. La crédibilité de ses évaluations, son indépendance et sa capacité à apprécier les risques sans complaisance constituent des conditions déterminantes. Jacqueline Adiaba Nkembe, présidente de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF), a insisté sur la responsabilité des acteurs de la régulation dans la construction de cet environnement de confiance.
« Le rôle d’un régulateur, c’est d’apporter la sécurité juridique, de construire une crédibilité et d’asseoir les instruments sur la confiance », a-t-elle expliqué. Pour la responsable, la nouvelle agence devra relever un double défi : s’imposer comme un acteur crédible et produire des évaluations conformes au profil réel des entités notées. La solidité de la notation dépendra donc autant de la méthodologie employée que de l’indépendance avec laquelle les conclusions seront établies.
Jean-Luc Mastaki Namegabe a, pour sa part, rappelé que la notation financière ne doit pas être confondue avec une garantie de remboursement ou une recommandation d’investissement. Elle constitue avant tout une appréciation du risque destinée à éclairer les décisions des investisseurs. Son utilité repose sur la qualité de l’information produite et sur la confiance que le marché accorde à l’organisme qui l’émet.
Un levier pour approfondir les marchés régionaux
Au-delà de l’accès aux financements internationaux, le développement de la notation financière peut contribuer à renforcer les marchés de capitaux d’Afrique centrale. En disposant d’informations plus fiables sur les émetteurs, les investisseurs peuvent mieux comparer les risques et orienter leurs ressources vers les projets et les entreprises correspondant à leurs critères. Pour les entreprises, une meilleure visibilité financière peut également faciliter la préparation d’opérations de financement sur le marché.
Cette évolution prend une importance particulière dans une région où la mobilisation de l’épargne locale et la diversification des sources de financement restent des enjeux majeurs. Le recours aux marchés financiers peut offrir des alternatives au crédit bancaire classique, à condition que les entreprises soient suffisamment structurées, que l’information financière soit accessible et que les règles de marché soient appliquées avec rigueur.
La notation ne fera toutefois pas disparaître, à elle seule, les facteurs qui renchérissent le coût des emprunts. La situation budgétaire des États, les perspectives économiques, les risques de change, la liquidité des marchés et la perception générale du risque continueront d’influencer les conditions de financement. Une agence de notation peut améliorer la transparence et réduire certaines incertitudes, mais elle ne garantit ni une baisse automatique des taux ni l’accès systématique aux capitaux.
Le premier Forum régional sur la notation financière ouvre ainsi le débat sur une question essentielle pour les économies de la CEMAC : comment transformer une information financière plus fiable en confiance durable, puis cette confiance en investissements productifs ? Pour GIC Rating SA et les acteurs du marché régional, la réponse dépendra de la capacité à établir des pratiques d’évaluation crédibles, indépendantes et adaptées aux réalités économiques africaines.















