Lecteurs de passeports biométriques, unités de police spécialisées, formation des agents et financement des postes-frontières juxtaposés : la Commission de la CEMAC a présenté à INTERPOL plusieurs besoins destinés à renforcer la surveillance des frontières des six États membres et à mieux lutter contre la criminalité transfrontalière.
La coopération policière entre les pays d’Afrique centrale dispose déjà d’un premier socle technique. À travers le projet I-CEMAC, mis en œuvre avec INTERPOL sur la période 2019-2024, la Communauté avait engagé un programme de modernisation des dispositifs de contrôle, avec un budget de 4,9 millions d’euros. Celui-ci prévoyait notamment l’extension du réseau sécurisé I-24/7 à une quarantaine de points de passage stratégiques et le renforcement des six Bureaux centraux nationaux d’INTERPOL.
C’est dans le prolongement de ces initiatives que s’inscrit l’audience accordée par le président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o, à Lucas Philippe, président de l’Organisation internationale de police criminelle (OIPC-INTERPOL), en visite de travail au Cameroun. La rencontre s’est tenue en marge de la 6e session ordinaire du Conseil des chefs de police d’Afrique centrale, organisée à Yaoundé autour de la lutte contre la criminalité transfrontalière.
Au cours des échanges, le responsable communautaire a plaidé pour un accompagnement accru d’INTERPOL dans l’équipement des postes-frontières en lecteurs de passeports biométriques. La Commission souhaite également bénéficier de son expertise pour la création de corps de police spécialement affectés à la surveillance des frontières, ainsi que pour la formation spécialisée de leurs personnels.
Ces demandes répondent à des besoins opérationnels précis. L’accès aux systèmes d’information d’INTERPOL permet notamment aux agents habilités de vérifier les documents de voyage et de rechercher des informations sur des personnes faisant l’objet de signalements internationaux. La base de données SLTD, consacrée aux documents de voyage et d’identité volés ou invalides, constitue à cet égard un outil de contrôle important.
Des acquis à consolider dans les six pays
Les expériences déjà enregistrées dans la sous-région montrent l’intérêt de cette coopération. Au Cameroun, le raccordement de huit sites au réseau I-24/7, dont les aéroports internationaux de Douala et de Yaoundé, avait permis d’effectuer plus de 6 000 recherches en 72 heures, selon les données publiées par INTERPOL. Les correspondances détectées avaient conduit à l’ouverture d’enquêtes associant le Cameroun et d’autres pays membres.
Au Gabon, quatre postes-frontières, notamment Eboro, Myo-Kye, Léconi et Port-Gentil, avaient également été raccordés au système en mars 2024. Cette extension s’était accompagnée de la formation d’une cinquantaine d’agents aux outils de contrôle et de coopération policière de l’organisation.
Mais au-delà de l’accès aux bases de données, la Commission entend renforcer la présence et les capacités des services spécialisés sur le terrain. La création de corps de police dédiés aux frontières et la formation des agents figurent ainsi parmi les demandes adressées à INTERPOL. Le financement des postes-frontières juxtaposés constitue un autre volet des discussions. Ces infrastructures doivent permettre aux administrations de pays voisins de coordonner leurs contrôles et de réduire les formalités qui ralentissent les déplacements et les échanges commerciaux.
Pour les six pays de la CEMAC — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad —, la question dépasse le seul cadre policier. La libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux, qui constitue l’un des fondements du marché commun, suppose aussi des mécanismes capables de prévenir les trafics d’armes, la traite des êtres humains, la contrebande et les autres formes de criminalité organisée.
L’enjeu est donc de consolider les acquis techniques déjà enregistrés et de les inscrire dans un dispositif régional plus cohérent. L’audience de Yaoundé remet ainsi au centre des discussions la nécessité d’une coopération durable entre la Commission de la CEMAC, INTERPOL et les administrations nationales, pour que la sécurisation des frontières accompagne effectivement l’intégration économique de l’Afrique centrale.















