Une étude recommande de renforcer les accords bilatéraux, de relancer les mécanismes de règlement des différends de la CEDEAO et de réorienter les priorités des partenaires vers le développement.
Le « Sahelexit », le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), accentue la fragmentation de l’intégration régionale et pèse sur la mobilité de millions de personnes, selon une étude menée par la fondation politique allemande Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) et le Réseau de la société civile sur les migrations (CSOnetMADE). Le document, intitulé « Repenser l’intégration régionale et la gouvernance des migrations », dresse le constat d’une dégradation des dynamiques d’intégration, au détriment des migrants et des populations des zones frontalières.
Depuis plusieurs décennies, la CEDEAO garantissait la libre circulation d’environ 80 millions de ressortissants dans la région. Ce principe apparaît aujourd’hui fragilisé. Si le cadre juridique demeure en place, le rapport relève sur le terrain un durcissement des contrôles, une multiplication des exigences documentaires et une plus grande imprévisibilité des déplacements.

Une application de plus en plus “discrétionnaire” des règles
Les auteurs, Emeka Obiezu et Somtochukwu Owen Ikeanyi, évoquent une application de plus en plus « discrétionnaire » des règles, accompagnée de pratiques de harcèlement et de coûts informels aux frontières. Sur le plan social, plus d’un cinquième des personnes interrogées disent avoir réduit leurs déplacements ou rencontré des obstacles dans l’accès à l’emploi et aux services. Les femmes et les jeunes apparaissent particulièrement exposés, avec une recrudescence des cas d’extorsion et de harcèlement sexuel, selon le rapport.
Face à la restriction des voies légales, une partie des flux migratoires se reporte vers des itinéraires irréguliers, exposant davantage les personnes aux réseaux de traite et aux abus. La migration est ainsi décrite comme passant d’un mécanisme encadré de subsistance à une stratégie de survie.
Le rapport met également en cause les limites de la gouvernance régionale, estimant que la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) a entériné une rupture institutionnelle, sur fond d’harmonisation insuffisante des législations et de fragilité des systèmes d’identification.
Critiques des politiques internationales axées sur le contrôle des frontières
Les auteurs critiquent enfin certaines politiques internationales, notamment européennes, jugées trop centrées sur le contrôle des frontières au détriment de la coopération régionale.
Pour enrayer la dégradation de la situation, l’étude recommande le renforcement des accords bilatéraux, la revitalisation des mécanismes de règlement des différends au sein de la CEDEAO et un rééquilibrage des priorités des partenaires internationaux vers le développement. Sans réponse coordonnée, le rapport estime que les initiatives locales de la société civile et des acteurs du transport ne pourront combler le vide institutionnel, dans une région considérée comme l’un des espaces d’intégration les plus avancés du continent.
© dpa (Deutsche Presse-Agentur)
















