Brevets, marques et inventions ne doivent plus seulement protéger les idées. L’OAPI veut désormais les rapprocher du crédit et de l’investissement. Avec l’African Guarantee Fund, l’organisation met sur la table un mécanisme initial de 5 milliards de FCFA, extensible à 34 milliards, pour faciliter l’accès au financement de 1 000 porteurs de projets innovants sur cinq ans.
Le financement reste l’un des maillons faibles de l’écosystème africain de l’innovation. Des projets existent, des entrepreneurs se structurent, des inventions sont protégées. Mais entre l’idée et la mise à l’échelle, un obstacle persiste : trouver les ressources financières capables de transformer l’innovation en activité économique.
C’est précisément sur ce terrain que l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) veut avancer, à l’aune de la 27e Journée Africaine de la Technologie et de la Propriété Intellectuelle (JATPI), célébrée le 13 septembre 2026. L’organisation dirigée par Denis Bohoussou a ainsi placé le financement des PME innovantes par la valorisation des actifs de propriété intellectuelle au centre des discussions.
5 milliards aujourd’hui, jusqu’à 34 milliards demain
Le principal dispositif présenté par l’OAPI est le Mécanisme de financement de l’invention et de l’innovation, développé avec l’African Guarantee Fund (AGF). Le principe est de rapprocher deux maillons jusque-là difficilement connectés. L’AGF intervient comme garant auprès des banques, tandis que l’OAPI prépare les entreprises à recevoir efficacement les financements.
L’ambition annoncée est de faciliter l’accès au financement pour 1 000 porteurs de projets innovants sur cinq ans. L’enveloppe initiale est fixée à 5 milliards de FCFA, avec une possibilité d’extension jusqu’à 34 milliards de FCFA. Pour l’OAPI, il s’agit de s’attaquer directement au problème du financement qui bloque une partie des innovations avant leur passage à l’échelle.

Le brevet ne doit plus dormir dans un tiroir
Le raisonnement défendu par l’organisation est simple : la propriété intellectuelle peut constituer un actif économique, au-delà de sa fonction traditionnelle de protection juridique. Brevets, marques et autres actifs de propriété intellectuelle restent toutefois encore insuffisamment reconnus comme instruments de garantie ou de valorisation financière. Leur meilleure intégration dans les mécanismes de financement constitue donc un enjeu central.
Cette problématique était au cœur du panel organisé le 11 septembre 2026 au siège de l’OAPI, à Yaoundé.
Autour de la table : Mariette Bissene Moulongo, coordinatrice de l’Incubateur Technipole de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de l’Université de Yaoundé I ; Paul Ghislain Poum Bimbar, entrepreneur technologique et fondateur de TOGET TECH ; Guy Francis Boussafou, directeur des Brevets et autres Créations Techniques à l’OAPI ; et Kaje Nzali Virgile, chef du Département PME d’Afriland First Bank Cameroun.
Les échanges ont fait ressortir un point essentiel : la recherche de financement intervient au terme d’un processus de maturation. Pour les structures d’accompagnement comme pour les banques, l’innovation doit être suffisamment structurée avant de pouvoir prétendre efficacement au financement.
L’OAPI veut changer la chaîne de valeur
Cette stratégie ne se limite pas au seul mécanisme OAPI–AGF. L’organisation cite également un programme de financement des projets structurants fondés sur la propriété intellectuelle, des subventions aux déposants de demandes de brevet et le Mastère Ingénieur-Brevet, développé avec l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro.
À cela s’ajoute le Salon Africain de l’Invention et de l’Entreprise Innovante (SAIIT), dont la 10e édition est annoncée du 5 au 7 octobre 2026 à Niamey, au Niger. Pour Denis L. Bohoussou, directeur général de l’OAPI, l’objectif dépasse la délivrance de titres de propriété industrielle. Lorsqu’un brevet est délivré, explique-t-il, l’ambition est qu’il puisse contribuer à la création d’une entreprise. Et sur cette trajectoire, le financement demeure un « goulot d’étranglement ».
Le message porté par l’organisation est ainsi clair : l’innovation africaine ne doit pas seulement être protégée, elle doit pouvoir être valorisée et financée. Banques, incubateurs, investisseurs, pouvoirs publics et institutions de propriété intellectuelle sont appelés à renforcer leurs passerelles. Car derrière chaque brevet, l’enjeu n’est plus uniquement de sécuriser une invention, mais de créer les conditions permettant à son porteur d’en tirer une véritable valeur économique.
Avec son mécanisme de 5 milliards de FCFA extensibles à 34 milliards, l’OAPI tente ainsi de déplacer la propriété intellectuelle du terrain de la protection vers celui, beaucoup plus stratégique, du financement de l’innovation et de la création d’entreprises.














