Après plus de deux décennies de réflexion, le projet de réhabilitation du Port fluvial de Garoua entre dans une phase décisive. Au-delà de la remise à niveau d’une infrastructure, l’enjeu est de redonner au Nord-Cameroun un outil logistique capable d’accompagner ses activités agricoles, commerciales et industrielles, dans une région où les questions de transport, d’énergie et de désenclavement pèsent directement sur la compétitivité économique.
À Garoua, le dossier du Port fluvial change de tempo. Après des années d’études et de concertations, les pouvoirs publics travaillent désormais à verrouiller le cadre juridique devant permettre de passer à la phase opérationnelle du projet de rénovation et de réhabilitation.
Ouvert lundi 14 septembre 2026 à l’hôtel Ribadou de Garoua, l’atelier consacré à la relecture des instruments juridiques réunit jusqu’au 19 septembre plusieurs administrations et institutions concernées : MINEPAT, MINT, MINFI, MINDEVEL, MINEPDED, Autorité portuaire nationale, Communauté urbaine de Garoua et Port autonome de Douala.
L’objectif est clair : créer les conditions institutionnelles et juridiques nécessaires au lancement effectif du projet.
Un enjeu logistique pour l’économie du Nord
La réhabilitation du Port de Garoua ne se limite pas à une opération immobilière ou à la remise en état d’équipements. Pour le Nord-Cameroun, elle touche directement à la question de la mobilité des marchandises et, plus largement, à celle de la compétitivité des activités économiques.
Agriculture, commerce, transformation, approvisionnement des entreprises : la performance de ces secteurs dépend aussi de la capacité des infrastructures de transport à réduire les contraintes logistiques. Dans cette perspective, la remise en service et la modernisation du port peuvent constituer un levier supplémentaire pour fluidifier les échanges autour de Garoua et renforcer l’attractivité économique du territoire.
C’est tout l’enjeu d’un projet qui remonte à 2002. Pendant plus de vingt ans, études de faisabilité et ateliers techniques se sont succédé sous l’impulsion notamment du MINEPAT et du PAD.
Une nouvelle étape avait été franchie en août 2024. Lors d’un atelier présidé par le gouverneur de la région du Nord, Jean Abate Edi’i, et auquel participait notamment le directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o, l’État, à travers le MINEPAT, et la Communauté urbaine de Garoua, gestionnaire du port, avaient retenu le Port autonome de Douala pour conduire le chantier de rénovation et de réhabilitation.Lagdo, l’autre urgence économiqueLe dossier portuaire est désormais étroitement lié à la situation du lac de retenue de Lagdo. Avant l’ouverture des travaux, le gouverneur Jean Abate Edi’i a reçu une délégation comprenant notamment des responsables du MINEPAT et du PAD.
Il a insisté sur l’urgence du dragage du lac, dont l’envasement fait peser, selon les autorités régionales, des risques sur plusieurs secteurs stratégiques : le barrage de Lagdo, la production d’électricité, la sécurité, l’environnement ainsi que les activités économiques et agricoles.
Le sujet dépasse donc la seule infrastructure portuaire. Il renvoie à la sécurisation de plusieurs facteurs indispensables à l’activité économique du Nord : énergie, agriculture, transport et environnement.Le gouverneur a ainsi estimé que le caractère vital du projet commandait son lancement rapide et souhaité que l’atelier de relecture soit directement suivi du passage à l’exécution.
De l’infrastructure au levier de développement régionalLe représentant du maire de Garoua a, pour sa part, rappelé le rôle historique du port dans la vie de la ville et de la région. Une manière de replacer l’infrastructure dans une histoire économique locale dont les autorités souhaitent désormais ouvrir un nouveau chapitre.
Pour y parvenir, les participants à l’atelier doivent finaliser plusieurs documents structurants : le projet de délibération du Conseil de communauté de la CUG, la convention de partenariat entre le PAD et la CUG pour la rénovation et la réhabilitation des installations et équipements du port ainsi que les modalités de sa gestion transitoire.
Le cahier des charges relatif à l’exécution du projet doit également être arrêté.La séquence est donc déterminante. Car derrière la rénovation d’un port se joue une question plus large : celle de la capacité du Nord-Cameroun à disposer d’infrastructures adaptées à son potentiel économique.
Après vingt-quatre ans de réflexion, Garoua attend désormais autre chose qu’une nouvelle étape administrative. Le véritable test sera le passage du cadre juridique au chantier, puis du chantier à l’activité économique.













